Le grand archer méconnu de Valenciennes

Philoctète, Jean-Baptiste Carpeaux

France, 1852, plâtre, sculpture, Inv : S.90.17, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes,

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© La Région des Musées

Cette œuvre de Jean-Baptiste Carpeaux montre toute la richesse intellectuelle et artistique que devait acquérir un jeune sculpteur au milieu du XIXe siècle.

Né à Valenciennes en 1827, il s’installe onze ans plus tard à Paris avec sa famille. Il prend des cours de dessin et entre à dix-sept ans à l’école des beaux-arts où il reçoit une pension de Valenciennes. La sculpture l’intéresse et il prend des cours chez François Rude, grand sculpteur romantique. Son but est alors d’obtenir le Grand Prix de Rome qui permet à l’étudiant de vivre trois ans en Italie pour se former auprès des œuvres antiques. Pour réussir ce concours, il faut réaliser une œuvre imposée qui a souvent pour thème les épisodes de la Bible ou de la mythologie gréco-romaine. En 1852, le sujet porte sur Philoctète blessé à Lemnos. Les prétendants doivent proposer une sculpture originale tout en restant dans les normes du néoclassicisme : matière lisse, immobilité et dignité des formes… Le jeune sculpteur peine à trouver l’inspiration et pour la posture du héros, il s’inspire d’un des fils du Laocoon, célèbre sculpture antique retrouvée à Rome à la Renaissance. Il n’obtiendra alors que le Second Prix, avant d’obtenir le Concours deux ans plus tard avec une autre sculpture de sujet mythologique, également présente au musée : Hector implorant les dieux en faveur de son fils Astyanax.

Héros d’une tragédie de Sophocle, Philoctète est pourtant rarement évoqué lorsque l’on parle de la Guerre de Troie. Ami d’Héraclès, celui-ci lui confie ses fameuses flèches et son arc avant de mourir. Philoctète est alors un des plus grands guerriers de l’armée grecque qui s’apprête à assiéger la ville de Troie. Mais en chemin, il se fait piquer par un serpent. Sa blessure s’infecte et sent tellement mauvais que les Grecs l’abandonnent sur l’île de Lemnos. C’est dans cette posture que le représente Carpeaux, avec ses armes déposées à terre et se touchant le pied où un bandage cache l’horrible plaie. Au bout de neuf ans, les Grecs ne parvenant toujours pas à remporter la guerre, leur devin leur demande de retrouver Philoctète. Ramené devant Troie, le héros est enfin soigné et tue, grâce à ses flèches, le prince troyen Pâris. Peu de temps après, il participe à l’épisode du Cheval de Troie qui conduit à la destruction de la ville et à la victoire des Grecs.

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Être pétrifié en plein cœur de Lille

Tête de Méduse, Anonyme

Chêne sculpté et fer (serpent sommital), Lille,1691, H: 37 cm x L: 68 cm, ML 35.1

Trois têtes de Gorgones habillé© Musée de l’Hospice Comtesse photographie : Fréderic LEGOY

Cette pièce fait partie d’un ensemble de trois têtes qui permet de nous éclairer sur un ancien bâtiment de Lille assurant le pouvoir des rois français : le Bureau des Finances.

Une chambre des comptes existe à Lille depuis 1385 et son installation par Philippe Le Hardi, duc de Bourgogne. Elle permettait de contrôler les finances des communes proches, de gérer les archives fiscales mais aussi de réaliser certains jugements en appel. C’était un outil précieux aux mains des dirigeants bourguignons puis espagnols.

Après la conquête de Lille par la France, Louis XIV transforma la chambre en Bureau des Finances et augmenta ses prérogatives sur les provinces de Flandre, d’Artois, du Hainaut…Les présidents et trésoriers du Bureau étaient alors de la haute bourgeoisie flamande, ce qui accéléra leur intégration dans le royaume. Mais avec la Révolution française, le bureau disparut.

Trois têtes pour trois sœurs : Sthéno, Euryale et Méduse. Elles étaient tellement laides que quiconque les regardait mourrait pétrifié. Méduse était différente de ses deux sœurs puisque seule, elle était mortelle.

Le héros Persée est chargé de la tuer pour rapporter sa tête au roi de l’île de Sériphos. Il se fait aider par les dieux Athéna et Hermès qui lui donnent notamment une épée, un bouclier et des sandales ailées. Persée se sert du bouclier comme d’un miroir pour ne pas croiser le regard du monstre puis lui tranche la tête. Il s’enfuit très rapidement pourchassé par les deux sœurs de Méduse. Du sang de celle-ci naît notamment le cheval ailé Pégase.

Pourquoi ces représentations dans ce bâtiment ? Peut-être pour montrer aux habitants ce qui les attendait s’ils ne payaient pas leurs impôts.

Si vous voulez connaître la suite des aventures de Persée, cherchez la princesse Andromède dans une peinture de Paul-Alexandre Deschmacker à la Piscine de Roubaix.

Une course-poursuite musicale à Hazebrouck

Pan et Syrinx, Pierre-Paul Rubens, Jan Wildens,

XVIIe siècle, huile sur toile, Inv : M.N.R 404 / D 85-1. Hazebrouck, Musée des Augustins

Pan&Syrinx-Hazebrouck

© Musée des Augustins d’Hazebrouck

Tableau dont la provenance est mystérieuse, longtemps considéré comme une œuvre de Rubens, il n’en représente pas moins un épisode très populaire durant l’âge d’or de la peinture hollandaise.

Pierre-Paul Rubens est un des plus grands artistes du XVIIe siècle. Privilégiant la couleur dans ses œuvres, il fut surnommé par Delacroix , le « Homère de la peinture ». La peinture mythologique est alors en vogue et Rubens réalise de nombreuses œuvres exposées dans les musées du monde entier. En 1610 il emménage à Anvers dans une nouvelle demeure qui devient un grand atelier où collaborent de nombreux peintres comme Antoon Van Dyck et Jan Brueghel l’Ancien. Il est ainsi parfois compliqué de savoir qui a réalisé tel tableau, comme c’est le cas ici. Il s’agit alors probablement d’artistes s’étant inspirés du maître.

Ce tableau a également une histoire particulière : comme cinq autres œuvres du Musée des Augustins d’Hazebrouck, il possède la mention MNR ou « Musées Nationaux Récupération ». Il s’agit de peintures volées par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale et retrouvées par les Alliées. N’ayant pour l’instant jamais retrouvé leur propriétaire, les musées sont tenus de les exposer le plus souvent possible.

Ce tableau raconte un épisode très célèbre des Métamorphoses d’Ovide que vous pouvez aussi retrouver au Musée de l’Hospice Comtesse à Lille ou au Musée des Beaux-Arts d’Arras.

Syrinx est une hamadryade (divinité des arbres) dont le dieu des bois Pan mi-homme mi-bouc, tombe éperdument amoureux. Il la poursuit dans la forêt et pour ne pas se faire violer, Syrinx demande l’aide des dieux. Elle est alors transformée en roseaux au bord d’une rivière. Pan remarque que le vent fait d’étranges sons avec cette plante. Il coupe les roseaux en morceaux de plusieurs longueurs, les attache entre eux et en fait un instrument de musique à vent. Il l’appelle « syrinx » et garde ainsi sa bien-aimée auprès de lui. On nomme aujourd’hui cet instrument « la flûte de Pan ».

Une métamorphose à Bailleul

Apollon et Daphné, Atelier de Pierre Reymond

Plaque de coffret, émail en plein sur cuivre , Limoges XVIe siècle. Inv : 992.11.70 Dimensions : largeur : environ 9 cm ; hauteur : 6 cm, Bailleul, Musée Benoît­ De­ Puydt

Reproduction

© Musée Benoît-De-Puydt

 

Faisant partie d’un ensemble de dix pièces, cette petite œuvre montre l’influence du mouvement de la Renaissance à Limoges.

Cette ville est alors très importante au Moyen Âge grâce à son abbaye de Saint-Martial, premier évêque de la ville et protecteur contre le Mal des Ardents ou feu de Saint Antoine. Il est vénéré par les habitants mais aussi par les pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Des artisans se spécialisent pour leur vendre des souvenirs religieux. Leur art se répand et à la fin du Moyen Âge, l’émail de Limoges est célèbre dans tout l’Occident chrétien. Les ateliers sont dirigés par des maîtres, comme Pierre Reymond, qui fondent de véritables dynasties. Le goût des nobles et des bourgeois s’oriente plus tard vers les sujets mythologiques. Les émailleurs s’inspirent alors de gravures et de monuments anciens pour créer leurs compositions en émail peint.

Le musée de Bailleul possède dix plaques de cette période, exposées ensemble. L’une d’elles décrit la fin de l’histoire de Daphné et Apollon.

Apollon, dieu des arts et de la lumière, se moque de Cupidon qui tend son petit arc. Celui-ci décide de se venger et avec son arme, envoie deux flèches. La première, en or, touche Apollon qui devient amoureux de la belle Daphné. Puis Cupidon tire la deuxième flèche en plomb sur la nymphe qui éprouve alors un profond dégoût face à l’amour. Le dieu, amoureux la poursuit sans relâche, aussi elle appelle son père le dieu fleuve Pénée pour qu’il vienne à son secours. Il transforme alors sa fille en un beau laurier. Apollon, attristé, décide de faire de l’arbre son emblème pour garder pour toujours sa bien-aimée à ses côtés.

Les métamorphoses tragiques ne manquent pas dans les Musées de la région comme un tableau de Pan et Syrinx à Hazebrouck ou le tympan de Pyrame et Thisbé à Cambrai.

Les amoureux tragiques de Cambrai

La mort de Pyrame et Thisbé

Nord de la France, 2ème moitié du XIIème siècle,, tympan provenant de l’abbaye Saint-Géry au Mont-des-Bœufs, pierre, 77×62.5×18.5 cm, trouvé en 1896 dans les fondations de la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques-au-Bois, n°inv. Sc 224, collection musée des beaux-arts de Cambrai

Pyrame&Thisbé

© Musée des Beaux-Arts de Cambrai

La mythologie gréco-romaine a continué à exister dans le Moyen-Age chrétien, comme le prouve cette œuvre qui raconte aussi le riche passé de la ville de Cambrai.

Ce tympan (pièce d’architecture haute d’une église) du XIIe siècle provient de l’ancienne abbaye de Saint-Géry. Celui-ci était un évêque du VIe siècle qui fonda un monastère sur la plus haute colline proche de la cité: le Mont des bœufs, sans doute le lieu où le bétail venait paître. A sa mort, le monastère devint un lieu de pèlerinage de plus en plus important. Plusieurs fois ravagée par les invasions normandes et hongroises, son église est alors reconstruite. Elle possède un riche clocher-porche orné de nombreuses sculptures. Mais en 1543 après la prise de la ville, Charles Quint décida de détruire l’abbaye et de construire une citadelle militaire à la place. Plusieurs éléments de ce lieu religieux furent réutilisés dans la ville comme en témoigne ce tympan retrouvé dans les fondations de la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques-au-Bois.

Ce mythe tiré des Métamorphoses d’Ovide raconte l’histoire d’amour de Pyrame et Thisbé. Voisins, ils s’aiment mais leurs familles refusent leur union. Communiquant par une fissure dans le mur mitoyen des deux maisons, ils décident de s’enfuir ensemble en se donnant rendez-vous sous un mûrier. Thisbé arrive en premier mais s’enfuit face à une lionne qui lui déchire son voile. Pyrame arrive ensuite mais ne voyant que le voile dans la gueule de l’animal, se suicide de désespoir. Thisbé revient, voit le drame et prend le poignard de son amant pour mourir après lui.

Cette histoire ne vous rappelle rien ? Shakespeare en a, en effet, repris la thématique pour écrire sa pièce : Roméo et Juliette. Sur ce tympan on retrouve les deux amoureux embrochés sur la même épée. Quant au personnage au-dessus, il existe plusieurs hypothèses. La plus probable est qu’il s’agit d’Ovide lui-même. Cet auteur antique était toujours très célèbre au Moyen-Age, et l’on représentait souvent les poètes près d’illustrations de leurs œuvres.

Si vous voulez voir des histoires d’amours mythologiques mais qui cette fois se terminent bien, retrouvez le tableau de Vertumne et Pomone de Balen à St Omer ou les tapisseries de Cupidon et Psyché à Arras.

Le grand héros tragique de Boulogne-sur-Mer

Amphore dite du « suicide d’Ajax », attribuée à Exékias

Inv. 558/3, Athènes, vers 530 av. JC, Céramique à figures noires, H : 54, L : 36.8 cm

Suicide d'Ajax habillé - 558.3 © philippe beurtheret-Habillé

Collection du Musée de Boulogne-sur-Mer ©Philippe Beurtheret

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Considérée par la Revue des amis du musée de Boulogne comme La « Joconde » des vases grecs à figures noires, cette œuvre représente un épisode peu connu de la Guerre de Troie.

Il s’agit d’une amphore, vase qui contenait du vin mêlé à de l’eau et des épices. Réalisé à Athènes, entre 555 et 525 av. J.C, elle est l’œuvre d’un des rares artistes de l’époque dont nous connaissons le nom : Exékias. En effet, celui-ci a signé nombre de ses œuvres même si ce n’est pas le cas avec celle de Boulogne. Il est alors le maître de la technique « à figures noires » qui consiste à représenter le fond en simple argile orangée, alors que les personnages et décors sont en noir, couleur obtenue par une triple cuisson. Les détails sont gravés avec de petits outils. Le génie d’Exékias réside dans ses grandes compositions détaillées, symétriques et montrant la réflexion des personnages.

Nous ne savons pas où fut trouvée l’œuvre qui arriva dans les collections du musée de Boulogne en 1884. Elle est depuis considérée comme un chef-d’œuvre et offre une belle complémentarité avec les autres vases grecs du musée de Boulogne qui constituent la plus riche collection de vases antiques français après celle du Louvre.

Pour comprendre le mythe représenté, il faut replonger en pleine Guerre de Troie. Grecs et Troyens se font face depuis de longues années devant la ville. Achille vient alors de se faire tuer par le prince Pâris, celui-là même qui a causé la guerre en enlevant la belle Hélène. Achille étant le plus fort des héros grecs, les autres lui organisent de grandes funérailles sur la plage. Mais on prend bien soin de mettre de côté ses armes et son armure qui furent créées par le dieu du métal et des forgerons : Héphaïstos. Le chef des Grecs, Agamemnon propose aux guerriers de s’affronter dans des jeux et c’est finalement Ulysse qui l’emporte devant Ajax. Celui-ci, fier, reconnaît difficilement la défaite et en veut à Ulysse. La déesse Athéna décide alors, pendant la nuit suivante, de le rendre fou. Ajax va massacrer un troupeau croyant tuer Agamemnon, Ulysse et les autres. A son réveil, pris de honte, il décide de se suicider en s’empalant sur son épée. Exékias représente le moment précédant le drame, montrant tout le pathétique de cette tragédie.

Si vous désirez voir les armes d’Achille en question, cause de ce malheur, le musée de Cambrai possède une peinture d’Etienne Jeaurat montrant Achille avec ses nouvelles armes en compagnie de sa mère.

Le beau Narcisse de Calais

Narcisse à la fontaine, Louis Chauvin

Marbre, XXème siècle, 52,5 H x 27,5 L x 21 P cm, dépôt du Fonds national d’art contemporain (Centre national des arts plastiques), Ministère de la culture et de la communication, Paris au musée des beaux-arts de Calais. N° Inv. FNAC. 9767. Année de dépôt : 1977, n° inv.mba. D.977.7.1.

Louis Chauvin, Narcisse à la fontaine-Calais

© F. Kleinefenn

La mythologie a aussi inspiré les artistes proches de l’abstraction trouvant dans certaines histoires, grande matière à réflexion.

C’est le cas du mythe de Narcisse chez l’artiste français Jean Gabriel Chauvin dit Chauvin. Il réalise sa première sculpture, La Métamorphose, dès ses 17 ans. En bois et taillé au couteau, il doit la cacher sous du charbon pour ne pas se faire réprimander par son père. Dès lors, le thème de la transformation fut toujours présent dans son travail. Arrivé à Paris en 1908, il s’essaye au cubisme avant de choisir l’abstraction. Il fut élève et praticien de Joseph Bernard jusqu’en 1914. Il est présent dans les nombreux salons des avant-gardes puis expose après la Seconde Guerre mondiale partout en Europe.

Le mythe de Narcisse est le sujet de nombre de ses œuvres. Ici un lien peut être trouvé avec le mythe dans sa tentative de symétrie de la figure (entre la gauche et la droite). L’utilisation du marbre blanc rappelle aussi les sculptures antiques et leur beauté idéalisée figée dans cette pierre à la surface lissée.

L’histoire de Narcisse commence par une malédiction. Le devin Tirésias annonce à sa mère que son fils aura une longue vie à condition qu’il ne voie jamais son image. Elle supprime alors tous les miroirs de leur maison. Narcisse grandit et devient d’une grande beauté. De nombreux jeunes hommes et femmes le courtisent mais Narcisse se refuse à tous. Il se moque notamment de la nymphe Écho qui ne peut que prononcer la fin de ses phrases, gênée par son propre écho. Attristée, elle demande aux dieux de le punir. Aussi, un jour qu’il était à la chasse, Narcisse saisi d’une soudaine soif, va se désaltérer à une rivière. Il voit alors son reflet dans l’eau. Pensant rencontrer une autre personne, il en tombe amoureux. Mais l’eau se trouble à chaque fois que Narcisse pleure ou tente de saisir son reflet. Il meurt ainsi de tristesse, noyé dans son propre reflet et son corps est transformé en une fleur : le narcisse.

Le thème a beaucoup intéressé les artistes comme en témoignent une autre sculpture plus classique, à Valenciennes ainsi que le décor d’une plaque en émail du musée de Bailleul.

Une chasse au sanglier au Musée de Douai

La chasse au sanglier de Calydon, Atelier d’Orazio Fontana

Urbino, vers 1540-1550, coupe en faïence stannifère, Inv : 1999.4.1.

Fontana Orazio La Chasse du sanglier de Calydon

© Douai, Musée de la Chartreuse – Photographe : Dominique Coulier

Vous pouvez observer sur cette belle pièce de majolique italienne appelée  « piatto », c’est à dire un plat, certains des plus grands héros de la mythologie grecque.

D’origine orientale, cette technique se diffuse en occident à partir du XVe siècle, principalement par l’intermédiaire des faïences à reflets métalliques fabriquées en Espagne mauresque, notamment à Malaga et à Valence, et importées massivement en Italie par des navires en provenance de Majorque. D’où le terme de « maiolica » ou majolique qu’on donne à cette abondante production, dont le procédé de fabrication consiste à recouvrir une pièce d’argile d’une glaçure opaque chargée, notamment, d’oxyde d’étain. Les ateliers de fabrication de majolique se multiplient en Italie, primitivement en Toscane, à Florence mais aussi en Emilie-Romagne, à Faenza, dont le terme faïence, qui désigne cette famille de céramique tire son nom.

Ce plat a été fabriqué plus d’un siècle après, dans un des plus talentueux ateliers d’Urbino, celui d’Orazio Fontana, à qui on attribue l’introduction du décor à « istoriato », c’est-à-dire du décor historié. Les riches aristocrates italiens, à qui ce type de vaisselle d’apparat est destiné, étaient particulièrement friands des thèmes mythologiques, auquel emprunte le sujet choisi ici.

Il s’agit de la chasse au sanglier qui eu lieu dans le royaume de Calydon. Un jour, son roi Oenée, honora tous les dieux sauf Artémis. La déesse, rancunière, envoie un sanglier sanguinaire ravager ses terres. Si le fléau choisi par la divinité parait bien minuscule sur ce plat, le poète Ovide le décrit plus grand qu’un taureau et détruisant tout sur son passage. Le roi est contraint par la férocité du monstre de faire appel à de nombreux héros grecs : Thésée, Jason, Castor et Pollux, et même son fils, Méléagre… Après plusieurs échecs, la troupe tue finalement la créature enragée grâce aux flèches de la guerrière Atalante représentée sur la gauche avec son arc. L’exploit est tel que le prince Méléagre finit par tomber amoureux de cette habile chasseresse.

Vous pouvez retrouver Atalante, toujours au Musée de la Chartreuse, dans une sculpture en bois du XVIeme siècle.

La jeunesse du jeune Bacchus à Roubaix

L’ Éducation de Bacchus, Emile Aubry

v.1929, Huile sur toile, H. 88,7; L. 116 cm
Inv. D. 2000-10-2; dépôt du Musée d’Orsay en 2000

Aubry habillé D2000-10-02

© Arnaud Loubry

Très beau tableau de la Piscine de Roubaix, L’éducation de Bacchus est à l’image de son auteur Emile Aubry : rempli de références et d’imagination.

Emile Aubry naît en Algérie à Sétif en 1880. Fils d’un médecin militaire, il fait ses études au grand lycée parisien Janson-de-Sailly. Il peint beaucoup de portraits et scènes de la vie quotidienne en Algérie, région à laquelle il reste très attaché. Ses études classiques lui font découvrir les mythes tant gréco-romains que latins qui seront le sujet de plusieurs de ses œuvres. Grand prix de Rome ex-æquo en 1907, il s’installe dans un atelier en plein cœur de Paris, rue Chaptal. La peinture mythologique lui permet de travailler le corps nu, tant masculin que féminin. Toutes ces créatures se côtoient, dieux et héros avoisinant centaures, nymphes et animaux des bois, comme dans un autre tableau conservé à la Piscine : Le Sacrifice d’Iphigénie de Louis Billotey (1886-1940). Le tableau est à la fois une scène mythologique et une plongée vivante dans ce bestiaire hybride. D’ailleurs, l’œuvre est également intitulée : Bacchanale (cortège de petites divinités en transe). Le tout est très joyeux alors que la jeunesse de Dionysos, dieu de l’allégresse, est terrible.

Sa mère Sémélé est une mortelle dont Zeus tombe amoureux. Pendant sa grossesse, elle demande au roi des dieux de se montrer tel qu’il est vraiment : Zeus arrive au milieu de ses éclairs sur un char éclatant de lumière ; Sémélé meurt, foudroyée par cette vision. Zeus récupère le fœtus dans sa cuisse et c’est ainsi que Dionysos peut survivre et naître. Mais Héra, la femme de Zeus, jalouse l’empêche de grandir dans le calme et la tranquillité. Zeus doit le cacher sur une montagne de Thrace parmi les divinités de la nature. C’est ainsi qu’il est représenté avec tout son joyeux cortège.

Le mythe de Dionysos (Bacchus chez les Romains) a beaucoup inspiré les artistes : vous pouvez par exemple retrouver à Arras, dans une peinture de Jacques Courtin, le petit dieu envoyé sur la montagne par Hermès , le messager de Zeus.

Le chant des sirènes à Saint-Omer

Les sirènes, Léon Belly

France, 1867, huile sur toile, inv. 0142 CM, Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin

Reproduction

© B. Jagerschmidt, Musées de Saint-Omer

Ce tableau d’un peintre né à Saint-Omer orne magnifiquement l’escalier d’honneur du Musée.

Léon Belly est plutôt considéré comme un peintre paysagiste influencé par l’école de Barbizon, mais aussi orientaliste après des séjours de 1855 à 1858 en Égypte et sa rencontre avec d’autres peintres de cette mouvance. Il obtient en 1861 une médaille de première classe au Salon avec La caravane de pèlerins allant à la Mecque. Puis en 1867, il présente le tableau Les sirènes. Il s’inspire du peintre flamand Rubens pour la position des sirènes et cherche à célébrer la culture antique. En effet, il s’agit d’une des rares tentatives du peintre de s’essayer au grand genre qu’est la peinture d’histoire. Cette peinture est donc autant une œuvre illustrant un épisode de l’Odyssée d’Homère, qu’une étude du nu. Malgré une faiblesse évidente dans l’exécution, elle est achetée par Napoléon III qui l’offre à la ville de Saint-Omer. Le musée conserve de nombreux dessins préparatoires de l’œuvre.

La peinture illustre le chant XII de l’Odyssée d’Homère. Ulysse et son équipage reprennent la mer après plus d’un an passé chez la magicienne Circé. Celle-ci les a prévenus qu’ils rencontreront des sirènes au chant tellement envoûtant qu’ils finiront par quitter leur navire et se noyer. Les marins se bouchent alors les oreilles avec de la cire, tandis qu’Ulysse, pour écouter leur chant, se fait solidement attacher au mât. Le tableau s’éloigne un peu de cette description. Les sirènes sont des femmes-poissons plus proches du conte d’Andersen que des femmes-oiseaux du mythe grec. De plus, Ulysse n’est que faiblement attaché, comme s’il pouvait presque succomber à la tentation. La présence de la lyre rappelle qu’un autre héros, le prince des poètes, Orphée, a lui aussi affronté les sirènes en couvrant leur chant par sa musique divine.

Dans le même musée, retrouvez Ulysse, cette fois de retour à Ithaque dans une peinture de François Chifflart. Vous pouvez aussi retrouver en sculpture sa femme Pénélope par Antoine Bourdelle au Palais des Beaux-Arts de Lille.