Le meilleur comics avec des dieux grecs est…

Entre 2012 et 2016 dans la collection DC Renaissance est sorti une nouvelle version des aventures de Wonder Woman, scénarisée par Brian Azzarello et dessinée par Cliff Chiang.

Composé de 6 tomes (#1 à #35 en VO), il narre les aventures de la célèbre amazone en lien avec le panthéon des dieux du Mont Olympe dans le monde d’aujourd’hui. Pourquoi cette série est-elle à mes yeux une magnifique retranscription des dieux grecs dans la ligné des mythes antiques ? Quelques éléments de réponses…

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  • Querelles familiales : Comme dans les mythes antiques, les dieux se détestent et ne font que se taper dessus pour un oui ou pour un non. Tout commence alors que Zeus a disparu en laissant une mortelle enceinte de lui, que protège Wonder Woman. Héra et Apollon ne rêvent ainsi que de tuer la mère et l’enfant pour prendre le pouvoir. Les autres dieux changent de camps au grès des circonstances : par ennuie ou selon leurs envies. Après tout, ils sont immortels pas vrai ?
  •  La violence : Comics à ne pas laisser au moins de 12-14 ans, surtout dans les derniers tomes ou tortures et cannibalisme sont légions. Cela reste cependant assez logique avec Chronos qui mange ses enfants ou les terribles combats décrits par Homère dans l’Iliade. Vous trouvez cela trash et gratuit ? Bienvenu dans la mythologie !
  • Le design des dieux : Quelle inventivité ! Plutôt que de nous resservir des dieux de 3m avec toges blanches et longues barbes comme on le voit partout, Cliff Chiang a su créé des dieux très liés au monde animal et végétal, dans la continuité des Métamorphoses d’Ovide, pourrait-on dire. Aussi Hermès ressemble à un aigle, Déméter à un arbre, Poséidon à un crapaud/poisson/pieuvre et Héra porte une énorme cape de plumes de paon.. Les designs sont à chaque fois bien trouvés et remplis de références.ob_37ae33_dqhq2k7cq4brtxq0hiryhp1kuemvyaq2-page5-1200
  • une héroïne bien insérée dans l’histoire : Ma copine me faisait justement remarquée que Wonder Woman apparait assez effacée dans cette série. Elle n’est comme les autres, qu’un pion dans un énorme jeu d’échec (là encore, référence à Homère : hommes jouets des dieux). Par rapport au film de 2017, ici c’est la super héroïne qui est le contexte d’une aventure mythologique et pas le contraire. Son rôle et sa posture sont tellement logiques qu’on s’attendrait, presque, à la voir sur des vases grecs ou des peintures du XVIIIe siècle.
  • La fin ! Bon je peux rien en dire, mais là encore, le scénario est tellement bien ficelé que oui, respect quoi. Pour une fois qu’Hésiode ne se retournerait pas dans sa tombe !

 

Bref, courrez lire cette série. Que cela fait plaisir de voir des auteurs qui connaissent parfaitement la vision antique dieux gréco-romains, et qui arrivent à garder leur essence tout en les modernisant et en les adaptant dans une aventure actuelle et liée à la mode des super-héros. (trop longue cette phrase non ?)

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Le dieu Poséidon vu par… Kafka

Lors d’un récent voyage à Prague, je me suis plongé dans ce fameux auteur (qui a un très sympathique musée d’ailleurs ) qu’est Franz Kafka. Alors oui, c’est dépressif, bureaucratique, mimétique et pourtant cela reste magnifique !! A tout hasard j’ai consulté ses nombreux écrits et devinez quoi ? Il a écrit quelques micro nouvelles sur la mythologie !!! Parmi elles, celle assez drôle sur le dieu de la Mer et des Océans, Poséidon. Le pire, c’est qu’on y retrouve les thèmes chers à l’auteur (la paperasse, la déprime, la temps) et…c’est drôle !

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Je vous laisse la lire (en 1 minute) sur ce blog :

http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article699

 

 

 

Merlin et Jason chez les Celtes

Je vais vous parler aujourd’hui d’un livre dont le scénario est l’un des plus fous que j’ai jamais lu !

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Voici les éléments de bases :

  • Merlin est un être un peu hors du temps qui navigue dans notre monde. Il a fait parti de l’expédition des Argonautes où il était l’enchanteur du héros grec Jason. Or à la fin, Médée, la femme de Jason, tue leurs deux garçons. Jason se fait enfermer au fond d’un lac scandinave par l’esprit de son fameux navire : Argos.
  • Des centaines d’années plus tard, Merlin découvre que Médée n’a pas tué ses enfants mais les a fait voyager dans le temps. Il décide de réveiller le vieux Jason qui constitue un nouvelle équipage pour retrouver ses fils.
  • Tout cela se passe dans un cadre historique très précis, en -279 lors d’une grande attaque des Celtes sur la Macédoine et le sanctuaire grec de Delphes.

Une situation de base un peu chargée non ? Il est vrai que si vous n’êtes pas familiers de Jason et de ses exploits, vous allez avoir un peu du mal à entrer dedans. De plus, le traitement de Merlin est très spécial, on est parfois à deux doigts de le…détester ! Il est dépeint comme un homme sans trop d’émotions, soucieux de ne pas s’impliquer, et guidé par son seul destin. Difficile alors de s’attacher à lui.

Mais l’auteur a beaucoup d’imagination, l’articulation entre Mythologies et Histoire est bien équilibrée, l’ambiance est si envoutante qu’on se laisse finalement emporter dans cet univers. Il s’agit du premier volet d’une trilogie qui se nome le Codex Merlin, qui vraisemblablement traite de la vie du magicien jusqu’au roi Arthur

Sinon, cette histoire de Jason repartant pour une nouvelle épopée m’a rappelé une bande-dessinée très sympathique publié chez Glénat : Les Derniers Argonautes. Autre histoire mais toujours cette vision d’un Jason vieilli et plein de haine et d’honneur, la présence de magie, d’une Amazone… C’est marrant de voir comment cette épopée inspire toujours !argonautes.jpg

Savants : Oui ! Vulgarisateurs : Non !

Grande déferlante mythologique !

Au rayon bandes dessinées, le philosophe Luc Ferry est en train de publier une série de 30 bandes dessinées sur les mythes grecs aux éditions Glénat : La Sagesse des mythes. Puis sur Arte où le journaliste François Busnel a préparé 20 épisodes sur le même sujet : Les Grands mythes.

J’ai testé un de chaque : Le mythe de Prométhée vu par M. Ferry et Zeus ou la conquête du pouvoir de M. Busnel. Tout d’abord, je dois bien l’avouer : j’ai pris mon pied ! Les graphismes sont très sympathiques et nos deux hommes connaissent forcement bien leur sujet. C’est assez jouissif pour un connaisseur comme moi de voir Héraclès tuer l’aigle de de Prométhée ou d’entendre que  les Cyclopes ne sont pas seulement les ennemis d’Ulysse. Les épisodes sont bien construits et cela se boit comme du petit lait. Sauf que…

Dans la bande dessinée, M. le philosophe rajoute quelques pages explicatives à la fin. Les images nous racontaient déjà très bien l’histoire, mais on nous la redonne avec des extraits des sources antiques, accompagnées d’œuvres d’art de l’Antiquité au début du XXe siècle. Dans la série animée, le très beau graphisme des dieux et héros est agrémenté par M. le Journaliste de représentations d’œuvres d’art : principalement des peintures ou sculptures. Et bien désolé, mais cela me gêne fortement. Pourquoi aucune représentation de films, de jeux vidéo, d’autres bandes dessinées ?

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Pour M. Ferry, son œuvre est de « salut public », mais il considère tout de même nécessaire de rajouter des explications à la fin « pour les adultes ». Ce qui supposerait que la bande dessinée est destinée aux enfants. Est-ce à comprendre que ce média ne serait qu’une simple porte d’accès et ne pourrait se suffire à lui-même ?

En plus, les ambitions sont claires pour les deux auteurs : revenir aux sources grecques. Ils veulent montrer les mythes, tels qu’ils étaient compris au temps de l’Athènes antique. Or le mythe est d’abord une littérature orale et sa transposition par Homère, Hésiode n’est qu’une version. Ensuite, ils réfutent Ovide, les réécritures médiévales, les visions modernes : que des pervertisseurs qui auraient « tordu » les mythes. J’aurais adhéré si ces séries ne montraient que des représentations d’œuvres antiques. Mais pour eux, les tableaux de Rubens ou de Velasquez sont des passages obligés, quand bien même les sources de ces artistes étaient principalement…romaines. Expliquer Hésiode en utilisant un peintre du XVIIe siècle, n’est-ce pas un fichtre anachronisme ? De plus, je suis contre l’idée que la transformation des mythes est forcément une mauvaise chose. C’est ce qui fait justement leur richesse. Pourquoi toujours opposer, juger, hiérarchiser ?

Je finirais sur l’accessibilité. Ils nous vendent la « simplicité » pour l’un, l »éveil de la curiosité » pour l’autre. Or ce n’est pas parce qu’on utilise des médias d’aujourd’hui comme la bande dessinée ou l’animation, que l’on est forcément vulgarisateur. M. Busnel souhaite attirer les jeunes ? Il pourrait ajouter des extraits de films, des dessins d’enfants qui paraissent dans Arkeo Junior, interviewer la mangaka Elsa Brants. Quant à M. Ferry, pourquoi ne pas assumer pleinement sa B.D ? Pourquoi ce dossier final ? Donner juste le nom des auteurs antiques suffirait : les textes d’Homère et Diodore sont en accès libre sur Internet.

Par toutes mes actions, je cherche le dialogue. Je refuse tout jugement de valeurs entre le passé et aujourd’hui. La mythologie perdure encore car elle est partout, car elle inspire. Le but de la médiation n’est pas de rendre simple quelque chose de compliqué, mais de questionner le destinataire pour l’amener de lui-même à se positionner et à réfléchir. Pour cela, il faut partir de ce qu’il connait, de ce qui fait déjà sens pour lui, actuellement.

Pour conclure, le humble spécialiste que je suis a donc adoré ce qu’il a vu et lu. Le médiateur lui, est beaucoup plus sceptique.

Pour cet article, je vous invite à lire ceci où j’ai récupéré des citations :

– l’interview de Luc Ferry par le Figaro : http://www.lefigaro.fr/bd/2016/09/16/03014-20160916ARTFIG00268-luc-ferry-la-sagesse-des-mythes-en-bd.php

– Le dossier de presse de la série de Françosi Busnel : http://download.pro.arte.tv/uploads/Les-grand-mythes1.pdf

Et si Troie était le Gouffre de Helm…

Petit compte-rendu d’une lecture estivale qui m’a agréablement surprise, publiée par la maison d’édition parisienne Bragelonne.

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C’est vrai qu’au départ, j’ai hésité. Encore un roman sur Troie ! Puis j’étais resté sur la déjà intéressante vision de Marion Zimmer Bradley qui dans La Trahison des Dieux, décrit la guerre du point de vue de la princesse Cassandre. On peut aussi citer le roman graphique L’âge de bronze d’Eric Shanower, très immersif. Alors retrouver les mêmes, encore une fois…

L’histoire pourtant m’a surprise et pour cause. Feu David Gemmell (il est mort en 2006) modifie les visions traditionnelles de cette épopée mythologique. Si cela surprend au début, force est de constater que c’est bien fait, assez logique et apporte un peu de nouveauté.  Par exemple ce que l’auteur fait du grand héros Énée. Son père n’est qu’un pirate devenu seigneur égoïste, sa mère n’est pas Aphrodite mais une mère qui se prenait pour une déesse. Puis il rencontre Andromaque pour une petite love story.  Bref, c’est déroutant mais pourquoi pas ?

On suit aussi le destins de personnages inventés mais fascinants comme un esclave égyptien, un guerrier mycénien repentit, un petit pécheur crétois. Les voir évoluer et rencontrer Ulysse ou Priam est vraiment jouissif.

Pour finir et sans trop spoiler, je soupçonne fortement l’auteur d’avoir fini son livre en regardant le dvd du Seigneur des Anneaux : Les deux tours, tant la bataille finale dans la citadelle de Troie ressemble quasiment à celle du Gouffre de Helm : la nuit à tenir, l’attente du sauveur, les femmes et les enfants cachés, les archers, la percée héroïque de guerriers badass… Notez tous les points communs, c’est très amusant. Du coup j’ai hâte de lire les autres tomes pour avoir ma bataille de Minas Tirith, et Enée couronné roi comme Aragorn ?

 

 

le labyrinthe de verre !!

Voici une petite nouvelle que vous pouvez trouver en bibliothèque et qui donne une version pour le moins originale d’un mythe très connu  :

(La ballade du) Minotaure par Friedrich Dürrenmatt

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Ce grand artiste suisse à la fois écrivain et peintre (l’œuvre au-dessus est de lui), se plait à raconter la fameuse histoire du monstre, mais de son point de vue. Cela a pour effet de nous attacher directement à lui. Thésée apparait alors, presque, comme le méchant.

Autre idée géniale de Dürrenmatt, le labyrinthe est composé d’une succession de miroirs. Les personnages non seulement se perdent mais sont aussi renvoyés à leur propre image, à leur propre intériorité.

Mais je ne veux pas vous en dire plus, cela se lit bien et très vite ! Dans l’édition que j’ai trouvé, il y a aussi une nouvelle sur Œdipe (La mort de la Pythie) elle aussi très intéressante.

Une odyssée drôle et parodique !

Grâce à la librairie Andy & Marcel de Lille, j’ai découvert une superbe bande dessinée. L’histoire de Zozimos, le guerrier pas doué !

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Le pauvre a du fuir son pays à cause d’une terrible sorcière. Son destin est de tout faire pour le reconquérir. Il est alors coincé dans une petite île avec son oncle. Il se fera alors de nouveau amis : une grande guerrière, une (petite) grenouille et un gentille brute épaisse.

L’inspiration de la mythologie grecque est là sans être trop présente. Les dieux comme Athéna ont pour arme….un stylo, qu’ils utilisent pour embêter Zozimos. Mais Christopher Ford s’inspire aussi d’autres contes populaires, dans un dessin très simple mais efficace. Les mythes d’Œdipe ou d’Ulysse sont bien parodiés de manière très originale. C’est un humour parfois fin, parfois trash ou même pipi-caca. Quant à Zozimos, il serait plus proche d’Homer (Simpson) que d’Ulysse.

Je ne peux donc que vous conseiller de vous plonger dans les deux premiers tomes, en attendant impatiemment le troisième !

Le jeune Dionysos dans un livre-jeu divin !

 

Grand coup de cœur !

Je visitais une exposition, et à la boutique, ma cousine me glisse dans les mains cet ouvrage pour petits et grands :

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Intrigué, le vendeur ajoute qu’il s’agit d’une maison d’édition locale.

J’achète alors l’ouvrage et découvre plein de choses géniales :

  • déjà l’histoire. Même moi, je ne connaissais pas la légende racontée. Le style est simple pour les enfants avec cependant quelques mots bien précis, expliqués par la suite.
  • les illustrations : de jolies coloris avec des mouvements bien rendus.
  • une carte de l’Europe pour bien situer les épisodes.
  • les personnages sont à découper pour faire des marottes et revivre leurs aventures.
  • un paysage à détacher et colorier .

Bref, c’est complet, original et vraiment bien fait.

Si cela vous intéresse, voici le site de l’éditrice avec d’autres titres :

http://www.obriarteditions.com/sortable-portfolio-3/

Apollodore : la mythologie pour les nuls !

Vous vous intéressez à la mythologie mais vous avez peur de vous plonger dans Homère ou Les Métamorphoses d’Ovide ? C’est vrai que se sont de longs textes qui ne parlent ni du cheval de Troie ni de tous les travaux d’Hercule.

Heureusement, il existe un auteur antique qui a pensé à vous !

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Il s’agit d’une sorte de petite encyclopédie qui résume toute, mais vraiment TOUTE la mythologie. Avec de petits paragraphes et chapitres, vous pouvez ainsi découvrir facilement l’ensemble des dieux et héros avec par exemple toute la vie d’Héraclès.

On ne sait rien de son auteur qui ne s’appelait d’ailleurs pas Apollodore et qui a vécu à l’époque des Empereurs romains, on ne sait pas non plus vraiment quand.

Oublié, son grand écrit, sa Bibliothèque vient d’être retraduite et rééditée par une équipe d’universitaires suisses. Merci à eux !

Bon certes, c’est 20 euros, mais plutôt que de lire des adaptations de réécritures ou de s’endormir avec un énième combat d’Achille, je vous invite vraiment à découvrir ce cher « Pseudo »Apollodore !

Le passeur d’âmes : Vive la B.D drôle et décalée !

Petit coup de cœur pour une bande-dessinée, vraiment très bien menée, sortie en 2011 :

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Elle raconte l’histoire du jeune Iota Charon qui comme ses ancêtres amène les morts en Enfer. Sauf qu’il tombe amoureux de la belle Eléna qui doit mourir, glissant sur des œufs de pigeons. Pourra-il la sauver ?

Plus que pour son scénario assez classique, cette bande dessinée vaut vraiment pour son ton très humoristique. Zeus est un dieu-écrivain à succès, Hermès le patron d’une entreprise de communication, Hercule un vieux héros alcoolique…  Le monde imaginé, une sorte de ville mythologique d’aujourd’hui, est remplie de références à la fois très accessibles et pointues.

Cela fait parti des œuvres qui peuvent parler à plusieurs générations. A offrir à votre fils, sœur ou grand-père : promis, vous allez-bien rigoler !

Le Passeur d’âmes, par Ced et Waltch, Malaka Editions, 2011, 12 €

PS : un deuxième tome, sur le monde égyptien, est paru : très bien aussi !