Une belle histoire d’amour à Arras

Enlèvement de Psyché, Anonyme

France, XVIIIe siècle, Tapisserie, laine et soie, 370cm de haut, 302cm de large

Inv : OAR 27.

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© Musée des Beaux-Arts d’Arras

Quand nous entrons dans un musée des beaux-arts, nous pensons à la peinture ou à la sculpture, mais rarement à la tapisserie. Ce fut un art décoratif très apprécié au XVIIe et XVIIIe siècle. La mythologie était alors à la mode.

Déjà dans les mythes grecs, la tapisserie est présente. Pénélope attend son mari Ulysse en tissant toutes les nuits. Puis dans les Métamorphoses d’Ovide, Athéna et la princesse Arachne se livrent à un concours de tissage : Athéna ayant perdu, elle transforma Arachne en araignée. Sous le règne des rois, de Louis XIII à XVI, la tapisserie était appréciée des riches nobles et bourgeois. Installée comme décoration sur les murs, elle montrait la richesse de ses propriétaires ainsi que leurs goûts pour la culture antique. Vers les années 1730 et 1740, la Cour de Versailles connaît l’influence de la marquise de Pompadour et de l’art galant. Tous les artistes représentaient des scènes amoureuses, des fêtes inspirées de l’Histoire ou de la mythologie, comme c’est le cas ici avec Psyché et Cupidon.

Pourquoi alors une tapisserie de ce mythe au musée d’Arras ? La plupart de la production avait lieu dans les Flandres proches des manufactures de laine ou de tissu. D’ailleurs, Arras était précurseur de cette technique au XIVe siècle. Mais on ne sait pas exactement d’où vient ce lot de trois tapisseries. Il fut récupéré par les Alliés en 1945 et envoyé à Paris qui le mit en dépôt ici : une histoire donc très mouvementée.

Les Amours de Psyché et de Cupidon sont racontés dans les Métamorphoses non pas d’Ovide mais d’Apulée. Jean de la Fontaine, en plus de ses Fables, en écrivit aussi une belle version. Psyché était la plus belle femme du monde. Vénus, jalouse, lui demanda d’attendre sur une falaise son mari : un horrible monstre. Elle fut sauvée et enlevée par le vent Zéphyr sous les ordres du dieu de l’Amour. En effet, Cupidon était tombé amoureux d’elle. Psyché vivait dans son palais et passait ses nuits avec lui mais ne savait pas qui il était. Elle avait pour ordre de ne jamais tenter de le voir à la lumière. Persuadée par ses sœurs jalouses qu’elle était alors la femme d’un horrible monstre, elle décida un soir d’éclairer la chambre avec une lampe à huile. Elle vit alors le beau dieu endormi. Surprise, elle laissa tomber quelques gouttes d’huile brûlante sur le corps de son aimé. La réaction de Cupidon ne se fit alors pas attendre. Il laissa sur le champ Psyché seule, désemparée, au milieu d’une nature déserte. Ce n’est qu’au bout de multiples épreuves, qu’elle put recevoir le pardon de Vénus et de Cupidon. Elle se maria avec lui et devint une déesse.

Le mythe de Psyché et Cupidon fut souvent représenté dans l’Art, pour preuve vous verrez au Palais des Beaux-Arts de Lille trois tableaux du mythe dans la Galerie consacrée au XVIIIe siècle.

 

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Le petit Bacchus du Musée d’Arras

Bacchus confié aux nymphes de Nysa, Jacques Courtin

Musée des Beaux-Arts d’Arras, France, XVIIIe siècle, huile sur toile, 77,3cm de haut, 97,5cm de large, Inv : 896.1.3.

Courtin_896.1.3- WEB72dpi©Musée des beaux-Arts d’Arras

Œuvre d’un peintre académicien, le sujet met au centre une aventure peu connue du dieu Hermès ou Mercure chez les Romains.

Jacques François Courtin est un peintre de la première moitié du XVIIIe siècle. Deux fois deuxième au grand Prix de Rome, il est élu à l’Académie royale de peinture en 1710 et nommé « Peintre ordinaire du roi », un grand honneur puisqu’il est payé par la couronne et se trouve toute l’année, au service du monarque. Il devait réaliser principalement des portraits de la famille royale et de la Cour. La mythologie est alors un sujet de prédilections des peintres, puisant leur inspiration chez les auteurs antiques ou s’inspirant des marbres romains. Malgré ses quelques tableaux religieux ou mythologiques, il est surtout connu pour ses œuvres peignant la vie quotidienne à la Cour comme le Jeu de bilboquet ou la Jeune Fille au masque, qui sont popularisés par leurs reproductions en gravure.

Nous voyons ici le jeune nourrisson Dionysos/Bacchus que Mercure vient d’apporter aux nymphes vivant dans les collines de Thrace. La femme de Jupiter, Junon, pourchassa l’enfant, fruit des infidélités de Jupiter. Celui-ci fut au départ confié à sa tante Ino et à son mari. Mais Junon le découvrit et rendit le couple fou. Mercure est alors dépêché par Jupiter pour cacher l’enfant au plus vite. Il trouve ainsi refuge parmi les nymphes et le dieu de l’ivresse, Silène.

C’est cependant Mercure qu’on remarque le plus sur ce tableau, occupant toute la partie gauche avec son grand drapé rouge. Il se déplace dans les airs, son corps tout en torsion. On remarque ses attributs caractéristiques : les ailes aux pieds et sur son pétase (chapeau) ainsi que le caducée, baguettes avec deux serpents entrelacés. Ce dieu des voyageurs et des commerçants, guide du passage vers l’Enfer, est aussi le messager de Mercure. Paradoxalement, bien qu’il soit l’un des dieux les plus représentés, il n’est le personnage principal d’aucun mythe.

Vous pouvez ainsi le retrouver avec Orphée en Enfer dans un tableau conservé à Calais, conduisant trois déesses sur un vase grec de Lille ou encore tuant le géant Argus pour Jupiter, sur une autre œuvre d’Arras.