La jeunesse du jeune Bacchus à Roubaix

L’ Éducation de Bacchus, Emile Aubry

v.1929, Huile sur toile, H. 88,7; L. 116 cm
Inv. D. 2000-10-2; dépôt du Musée d’Orsay en 2000

Aubry habillé D2000-10-02

© Arnaud Loubry

Très beau tableau de la Piscine de Roubaix, L’éducation de Bacchus est à l’image de son auteur Emile Aubry : rempli de références et d’imagination.

Emile Aubry naît en Algérie à Sétif en 1880. Fils d’un médecin militaire, il fait ses études au grand lycée parisien Janson-de-Sailly. Il peint beaucoup de portraits et scènes de la vie quotidienne en Algérie, région à laquelle il reste très attaché. Ses études classiques lui font découvrir les mythes tant gréco-romains que latins qui seront le sujet de plusieurs de ses œuvres. Grand prix de Rome ex-æquo en 1907, il s’installe dans un atelier en plein cœur de Paris, rue Chaptal. La peinture mythologique lui permet de travailler le corps nu, tant masculin que féminin. Toutes ces créatures se côtoient, dieux et héros avoisinant centaures, nymphes et animaux des bois, comme dans un autre tableau conservé à la Piscine : Le Sacrifice d’Iphigénie de Louis Billotey (1886-1940). Le tableau est à la fois une scène mythologique et une plongée vivante dans ce bestiaire hybride. D’ailleurs, l’œuvre est également intitulée : Bacchanale (cortège de petites divinités en transe). Le tout est très joyeux alors que la jeunesse de Dionysos, dieu de l’allégresse, est terrible.

Sa mère Sémélé est une mortelle dont Zeus tombe amoureux. Pendant sa grossesse, elle demande au roi des dieux de se montrer tel qu’il est vraiment : Zeus arrive au milieu de ses éclairs sur un char éclatant de lumière ; Sémélé meurt, foudroyée par cette vision. Zeus récupère le fœtus dans sa cuisse et c’est ainsi que Dionysos peut survivre et naître. Mais Héra, la femme de Zeus, jalouse l’empêche de grandir dans le calme et la tranquillité. Zeus doit le cacher sur une montagne de Thrace parmi les divinités de la nature. C’est ainsi qu’il est représenté avec tout son joyeux cortège.

Le mythe de Dionysos (Bacchus chez les Romains) a beaucoup inspiré les artistes : vous pouvez par exemple retrouver à Arras, dans une peinture de Jacques Courtin, le petit dieu envoyé sur la montagne par Hermès , le messager de Zeus.

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Le petit Bacchus du Musée d’Arras

Bacchus confié aux nymphes de Nysa, Jacques Courtin

Musée des Beaux-Arts d’Arras, France, XVIIIe siècle, huile sur toile, 77,3cm de haut, 97,5cm de large, Inv : 896.1.3.

Courtin_896.1.3- WEB72dpi©Musée des beaux-Arts d’Arras

Œuvre d’un peintre académicien, le sujet met au centre une aventure peu connue du dieu Hermès ou Mercure chez les Romains.

Jacques François Courtin est un peintre de la première moitié du XVIIIe siècle. Deux fois deuxième au grand Prix de Rome, il est élu à l’Académie royale de peinture en 1710 et nommé « Peintre ordinaire du roi », un grand honneur puisqu’il est payé par la couronne et se trouve toute l’année, au service du monarque. Il devait réaliser principalement des portraits de la famille royale et de la Cour. La mythologie est alors un sujet de prédilections des peintres, puisant leur inspiration chez les auteurs antiques ou s’inspirant des marbres romains. Malgré ses quelques tableaux religieux ou mythologiques, il est surtout connu pour ses œuvres peignant la vie quotidienne à la Cour comme le Jeu de bilboquet ou la Jeune Fille au masque, qui sont popularisés par leurs reproductions en gravure.

Nous voyons ici le jeune nourrisson Dionysos/Bacchus que Mercure vient d’apporter aux nymphes vivant dans les collines de Thrace. La femme de Jupiter, Junon, pourchassa l’enfant, fruit des infidélités de Jupiter. Celui-ci fut au départ confié à sa tante Ino et à son mari. Mais Junon le découvrit et rendit le couple fou. Mercure est alors dépêché par Jupiter pour cacher l’enfant au plus vite. Il trouve ainsi refuge parmi les nymphes et le dieu de l’ivresse, Silène.

C’est cependant Mercure qu’on remarque le plus sur ce tableau, occupant toute la partie gauche avec son grand drapé rouge. Il se déplace dans les airs, son corps tout en torsion. On remarque ses attributs caractéristiques : les ailes aux pieds et sur son pétase (chapeau) ainsi que le caducée, baguettes avec deux serpents entrelacés. Ce dieu des voyageurs et des commerçants, guide du passage vers l’Enfer, est aussi le messager de Mercure. Paradoxalement, bien qu’il soit l’un des dieux les plus représentés, il n’est le personnage principal d’aucun mythe.

Vous pouvez ainsi le retrouver avec Orphée en Enfer dans un tableau conservé à Calais, conduisant trois déesses sur un vase grec de Lille ou encore tuant le géant Argus pour Jupiter, sur une autre œuvre d’Arras.