Savants : Oui ! Vulgarisateurs : Non !

Grande déferlante mythologique !

Au rayon bandes dessinées, le philosophe Luc Ferry est en train de publier une série de 30 bandes dessinées sur les mythes grecs aux éditions Glénat : La Sagesse des mythes. Puis sur Arte où le journaliste François Busnel a préparé 20 épisodes sur le même sujet : Les Grands mythes.

J’ai testé un de chaque : Le mythe de Prométhée vu par M. Ferry et Zeus ou la conquête du pouvoir de M. Busnel. Tout d’abord, je dois bien l’avouer : j’ai pris mon pied ! Les graphismes sont très sympathiques et nos deux hommes connaissent forcement bien leur sujet. C’est assez jouissif pour un connaisseur comme moi de voir Héraclès tuer l’aigle de de Prométhée ou d’entendre que  les Cyclopes ne sont pas seulement les ennemis d’Ulysse. Les épisodes sont bien construits et cela se boit comme du petit lait. Sauf que…

Dans la bande dessinée, M. le philosophe rajoute quelques pages explicatives à la fin. Les images nous racontaient déjà très bien l’histoire, mais on nous la redonne avec des extraits des sources antiques, accompagnées d’œuvres d’art de l’Antiquité au début du XXe siècle. Dans la série animée, le très beau graphisme des dieux et héros est agrémenté par M. le Journaliste de représentations d’œuvres d’art : principalement des peintures ou sculptures. Et bien désolé, mais cela me gêne fortement. Pourquoi aucune représentation de films, de jeux vidéo, d’autres bandes dessinées ?

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Pour M. Ferry, son œuvre est de « salut public », mais il considère tout de même nécessaire de rajouter des explications à la fin « pour les adultes ». Ce qui supposerait que la bande dessinée est destinée aux enfants. Est-ce à comprendre que ce média ne serait qu’une simple porte d’accès et ne pourrait se suffire à lui-même ?

En plus, les ambitions sont claires pour les deux auteurs : revenir aux sources grecques. Ils veulent montrer les mythes, tels qu’ils étaient compris au temps de l’Athènes antique. Or le mythe est d’abord une littérature orale et sa transposition par Homère, Hésiode n’est qu’une version. Ensuite, ils réfutent Ovide, les réécritures médiévales, les visions modernes : que des pervertisseurs qui auraient « tordu » les mythes. J’aurais adhéré si ces séries ne montraient que des représentations d’œuvres antiques. Mais pour eux, les tableaux de Rubens ou de Velasquez sont des passages obligés, quand bien même les sources de ces artistes étaient principalement…romaines. Expliquer Hésiode en utilisant un peintre du XVIIe siècle, n’est-ce pas un fichtre anachronisme ? De plus, je suis contre l’idée que la transformation des mythes est forcément une mauvaise chose. C’est ce qui fait justement leur richesse. Pourquoi toujours opposer, juger, hiérarchiser ?

Je finirais sur l’accessibilité. Ils nous vendent la « simplicité » pour l’un, l »éveil de la curiosité » pour l’autre. Or ce n’est pas parce qu’on utilise des médias d’aujourd’hui comme la bande dessinée ou l’animation, que l’on est forcément vulgarisateur. M. Busnel souhaite attirer les jeunes ? Il pourrait ajouter des extraits de films, des dessins d’enfants qui paraissent dans Arkeo Junior, interviewer la mangaka Elsa Brants. Quant à M. Ferry, pourquoi ne pas assumer pleinement sa B.D ? Pourquoi ce dossier final ? Donner juste le nom des auteurs antiques suffirait : les textes d’Homère et Diodore sont en accès libre sur Internet.

Par toutes mes actions, je cherche le dialogue. Je refuse tout jugement de valeurs entre le passé et aujourd’hui. La mythologie perdure encore car elle est partout, car elle inspire. Le but de la médiation n’est pas de rendre simple quelque chose de compliqué, mais de questionner le destinataire pour l’amener de lui-même à se positionner et à réfléchir. Pour cela, il faut partir de ce qu’il connait, de ce qui fait déjà sens pour lui, actuellement.

Pour conclure, le humble spécialiste que je suis a donc adoré ce qu’il a vu et lu. Le médiateur lui, est beaucoup plus sceptique.

Pour cet article, je vous invite à lire ceci où j’ai récupéré des citations :

– l’interview de Luc Ferry par le Figaro : http://www.lefigaro.fr/bd/2016/09/16/03014-20160916ARTFIG00268-luc-ferry-la-sagesse-des-mythes-en-bd.php

– Le dossier de presse de la série de Françosi Busnel : http://download.pro.arte.tv/uploads/Les-grand-mythes1.pdf

Une odyssée drôle et parodique !

Grâce à la librairie Andy & Marcel de Lille, j’ai découvert une superbe bande dessinée. L’histoire de Zozimos, le guerrier pas doué !

zozimos

Le pauvre a du fuir son pays à cause d’une terrible sorcière. Son destin est de tout faire pour le reconquérir. Il est alors coincé dans une petite île avec son oncle. Il se fera alors de nouveau amis : une grande guerrière, une (petite) grenouille et un gentille brute épaisse.

L’inspiration de la mythologie grecque est là sans être trop présente. Les dieux comme Athéna ont pour arme….un stylo, qu’ils utilisent pour embêter Zozimos. Mais Christopher Ford s’inspire aussi d’autres contes populaires, dans un dessin très simple mais efficace. Les mythes d’Œdipe ou d’Ulysse sont bien parodiés de manière très originale. C’est un humour parfois fin, parfois trash ou même pipi-caca. Quant à Zozimos, il serait plus proche d’Homer (Simpson) que d’Ulysse.

Je ne peux donc que vous conseiller de vous plonger dans les deux premiers tomes, en attendant impatiemment le troisième !