Les amoureux tragiques de Cambrai

La mort de Pyrame et Thisbé

Nord de la France, 2ème moitié du XIIème siècle,, tympan provenant de l’abbaye Saint-Géry au Mont-des-Bœufs, pierre, 77×62.5×18.5 cm, trouvé en 1896 dans les fondations de la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques-au-Bois, n°inv. Sc 224, collection musée des beaux-arts de Cambrai

Pyrame&Thisbé

© Musée des Beaux-Arts de Cambrai

La mythologie gréco-romaine a continué à exister dans le Moyen-Age chrétien, comme le prouve cette œuvre qui raconte aussi le riche passé de la ville de Cambrai.

Ce tympan (pièce d’architecture haute d’une église) du XIIe siècle provient de l’ancienne abbaye de Saint-Géry. Celui-ci était un évêque du VIe siècle qui fonda un monastère sur la plus haute colline proche de la cité: le Mont des bœufs, sans doute le lieu où le bétail venait paître. A sa mort, le monastère devint un lieu de pèlerinage de plus en plus important. Plusieurs fois ravagée par les invasions normandes et hongroises, son église est alors reconstruite. Elle possède un riche clocher-porche orné de nombreuses sculptures. Mais en 1543 après la prise de la ville, Charles Quint décida de détruire l’abbaye et de construire une citadelle militaire à la place. Plusieurs éléments de ce lieu religieux furent réutilisés dans la ville comme en témoigne ce tympan retrouvé dans les fondations de la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques-au-Bois.

Ce mythe tiré des Métamorphoses d’Ovide raconte l’histoire d’amour de Pyrame et Thisbé. Voisins, ils s’aiment mais leurs familles refusent leur union. Communiquant par une fissure dans le mur mitoyen des deux maisons, ils décident de s’enfuir ensemble en se donnant rendez-vous sous un mûrier. Thisbé arrive en premier mais s’enfuit face à une lionne qui lui déchire son voile. Pyrame arrive ensuite mais ne voyant que le voile dans la gueule de l’animal, se suicide de désespoir. Thisbé revient, voit le drame et prend le poignard de son amant pour mourir après lui.

Cette histoire ne vous rappelle rien ? Shakespeare en a, en effet, repris la thématique pour écrire sa pièce : Roméo et Juliette. Sur ce tympan on retrouve les deux amoureux embrochés sur la même épée. Quant au personnage au-dessus, il existe plusieurs hypothèses. La plus probable est qu’il s’agit d’Ovide lui-même. Cet auteur antique était toujours très célèbre au Moyen-Age, et l’on représentait souvent les poètes près d’illustrations de leurs œuvres.

Si vous voulez voir des histoires d’amours mythologiques mais qui cette fois se terminent bien, retrouvez le tableau de Vertumne et Pomone de Balen à St Omer ou les tapisseries de Cupidon et Psyché à Arras.

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Les collections mythologiques du musée des beaux-arts de Cambrai

Petite compte rendu de ma deuxième intervention du 9 octobre dernier au musée des beaux-arts de Cambrai  qui portait justement sur leurs collections.

IMG0015Alors que la vision de la Grèce est aujourd’hui plutôt négative avec tous les titres sur sa situation économique, sa culture n’a, elle, jamais été aussi vivante, notamment par le biais de la mythologie. Le musée de Cambrai est très riche de cet imaginaire avec des œuvres de toutes les époques montrant son évolution dans l’Histoire de l’art.

I- L’Antiquité et le Moyen-Age

Le musée possèdent trois œuvres très intéressantes. Un vase grec issu de la collection Campana qui montre Hercule avec Athéna sur un char, peut-être l’épisode de sa transformation en dieu avec Athéna le guidant ? Puis une Vénus romaine venant aussi de la collection Campana (riche italien du XIXe siècle dont la collection fut achetée par Napoléon III). Elle obéit à toutes les normes de la statuaire antique : marbre, petite poitrine, drapée réaliste… Mais le chef d’œuvre du musée est le tympan médiéval représentant Pyrame et Thisbé : IMG0022 Datant du XIIeme siècle et provenant d’une ancienne abbaye, il montre que la mythologie gréco-romaine était très présente durant cette époque. Un manuscrit raconte d’ailleurs la légende de ces deux amoureux tragiques et en fait une démonstration de l’amour courtois.

II- L’époque moderne :

De nombreuses peintures illustrent ces riches siècles du XVIe au XIXe siècle entre peinture galante, Néo-classicisme et influence des mythes romains.  On découvre avec le tableau de Jan Miel, le début de l’Histoire entre Enée et la princesse Didon, directement issu de L’Enéide de Virgile. C’est le gout pour les sujets d’amour et plutôt légers. Avec la peinture d’Etienne Jeaurat (voir première image), les grandes valeurs reprennent le dessus : Achille, preux guerrier doit laver son honneur et affronter son destin. A l’époque Homère comme Virgile avaient leurs partisans.

III- Aujourd’hui

Que faire alors de ces œuvres et de ces mythes ? Les références sont très nombreuses. Ainsi l’Histoire de Pyrame et Thisbé a inspiré Shakespeare qui en fait son célèbre Roméo et Juliette, qui lui même a donné lieu à la comédie musicale : west-side-storyCette histoire des deux amants maudits pourrait être l’occasion pour le musée de réaliser plusieurs expositions ou outils de médiations. D’autant plus que les histoires d’amours sont légions au musée de Cambrai : Enée et Didon, Achille et Patrocle, Orphée et Eurydice (dans une œuvre dans un jardin de la ville). La médiatrice Audrey Seugard et son équipe valorisent très bien leurs riches collections, notamment par le biais de la manifestation, La Caverne d’Ali Baba qui montre tous les 2-3 mois, des œuvres des réserves du musée.