Si une déesse ou un dieu grec dirigeait un musée, ce serait….

«  Si une déesse ou un dieu/héros grec dirigeait un musée, qui choisiriez-vous ? Pourquoi ?». Cette question peut sembler à première vue étrange, d’ailleurs elle a rebuté 12,6% des sondés de notre questionnaire mythologique (qui a eu un total de 709 réponses) qui ne savaient que répondre. Son but était de donner à voir une définition et vision du musée par le prisme de la mythologie grecque. Les réflexions de nombre des sondés ont ainsi souvent dépassé nos attentes, donnant lieu  à une vrai réflexion muséographique, comme le sujet 185 :

J’ai d’abord pensé à Orphée. Mais mettre un artiste au commande d’un musée me semble être une mauvaise idée Il risque de mettre en avant ses propres créations ou celle de son art uniquement. Puis me vient l’idée d’un roi puissant aimant les arts, mais c’est toujours difficile de laisser ce genre de structure culturel à un état. J’ai donc réfléchis à l’utilité d’un musée, Les musées servent à préserver les éléments de culture et à les présenter au public. c’est en quelque sorte le gardien de l’histoire et de la mémoire. Alors, qui d’autres que  Mnémosyne pourrait garder un tel endroit? Étant mère des Muses, elle est toute désignée pour cette tâche.

On a alors retrouvé une grande variété dans les noms cités (soixante-et-onze) qui sont pratiquement tous issus, eu égard à l’intitulé de la question, de la mythologie grecque. Un certain nombre de divinités sont choisis en lien avec leur domaine d’action pour des musés thématiques, notamment Poséidon pour des établissements liés à la mer ou Arès à la Guerre. Cependant la plupart semblent confirmer une vision traditionnellement admise des musées (des beaux-arts) centré sur la sagesse d’une direction forte et la beauté des œuvres. En effet, les deux dieux les plus plébiscités sont Athéna, choisie par 154 des sondés et Apollon par 131, secondés par Zeus, Aphrodite et les Muses.

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I- Athéna et Apollon : la raison et le beau

Athéna concentre en effet à elle seul plus d’1/5 des voix. C’est sa sagesse qui est avant tout mis en avant dans 49 réponses, loin devant son statut de déesse de la connaissance (13 réponses). Ces deux éléments sont déjà riches d’enseignements puisqu’il renvoi à deux postes à la tête de l’institution muséale : celui d’administrateur et celui de conservateur. Le premier dirige et gère l’établissement, le second étudie et expose les collections. Ainsi selon les sondés, un dirigeant de musée doit avant tout être un bon administrateur avant d’être un spécialiste de ce qu’il expose. Or dans la plupart des petites et moyennes structures, les deux postes sont gérés par une même personne. De même, chez certains sondés, Athéna cumule les deux fonctions comme dans la réponse 191 :

Probablement Athéna, car elle est entre autres la déesse du savoir, de l’intelligence. Elle pourrait donc en concevoir une gestion efficace et saurait donner un attrait et un intérêt aux œuvres présentées.

Mais le savoir est ici, autant celui lié à la gestion de projet, qu’à l’Histoire de l’Art pour valoriser aux mieux les collections. A travers les fonctions de la déesse, se développe l’idée que le musée est un lieu « sérieux » (452) qui doit avant tout être bien « dirigé » (211) et « gardé » (432) avec « poigne » et « efficacité » (191). L’intelligence d’Athéna lui permet donc avant d’être une bonne gestionnaire et ainsi de connaitre l’ensemble des aspects du musée. Le musée est perçu comme un établissement où les œuvres sont exposées de manière raisonnée et réfléchie et où tout obéit à une certaine logique. Le tout étant entretenu par le père d’Athéna, qui arrive en troisième position dans la liste des dieux plébiscités : Zeus, avec 42 voix. C’est surtout son rôle de dirigeant de l’Olympe qui est mis en avant. Par analogie, le chef du panthéon olympien est donc tout destiné à devenir le dirigeant d’un établissement culturel. Aussi, de la même manière qu’il a su donner à sa famille des taches et fonctions adéquates, il saurait déléguer avec mesure les taches au musée, comme le rappelle le sondé 457 :

Zeus, car étant le plus puissant, pourrait placer ses subalternes dans les rôles ou positions où ils excellent.

La dimension artistique est laissée à Apollon, au caractère moins « réfléchi »(277) qu’Athéna ou que Zeus. Il est considéré comme le dieu de(s) (l’) art(s) par 67 des sondés. Le terme beaux-arts apparait même comme qualificatif du dieu à deux reprises (242 et 541). A l’inverse d’Athéna, son rôle est donc celui du spécialiste et du conservateur, comme le résume la réponse 453 : « Expert, inspirant, à la fois sujet de l’art et autorité suprême de ce domaine ». Il est le maitre du savoir car il en est le père, entouré des muses qui partagent avec lui cette expertise et sont souvent vues comme les gardiennes des arts. Étant plusieurs, elles représentent ainsi la diversité des formes artistiques (sondés 76 et 540) et la nécessité d’avoir un spécialiste dans chaque domaine pour pouvoir conserver et valoriser les œuvres. Cette légitimité leur vient de leur rôle d’inspiratrice, étant in fine à l’origine de tout ce qui se trouve dans les établissements muséaux. Avec elles et leur mère Mnémosyne, évoquée à 9 reprises, diriger un musée sous-entend être le gardien d’une mémoire artistique multiple dédiée à la contemplation du beau. Cette vision de la beauté dans l’art est associée à la déesse de l’Amour Aphrodite (cité 31 fois) et son fils Éros (7 fois). La déesse donnerait à voir le beau, pas uniquement dans les œuvres mais aussi entre l’institution et le public, y compris aussi dans la muséographie comme l’affirme le sondé 451 :

Aphrodite, elle saurait mettre une ambiance paisible pour apprécier parfaitement les œuvres exposés.

Le conservateur est donc le gardien du beau mais aussi celui qui doit être à sa recherche pour accentuer les collections de son institution. D’où par exemple ce choix du héros troyen Pâris :

424 – Pâris parce qu’après avoir choisi la plus belle des déesses, il saura quelles acquisitions réaliser pour le musée.

Ces personnages contribuent à donner ainsi une vision traditionnel du musée, fondé sur le beau, l’ordonné, l’esthétique. Elle renforce le lien fait par les sondés entre la mythologie et les beaux-arts : espace organisé en salles autour de peintures et sculptures issue de l’époque antique ou moderne où le visiteur déambule. Pourtant rien n’est moins simple et nos questionnaires mettent en lumière une réelle volonté d’une partie des sondés de voir les musées s’ouvrir vers les public par des approches ludiques et innovantes. Le tout ne s’oppose alors pas et peut rester complémentaire comme le montre ce choix d’Athéna du sujet 287 :

Athéna, déesse de la sagesse et de la guerre, elle posséderait à la fois le caractère instruit et avisé mais aussi la poigne et le leadership nécessaire à la direction d’un musée, à l’élaboration d’expositions attractives, érudites et innovantes et à la recherche de fonds et d’investisseurs. Le monde de la culture n’est pas un long fleuve tranquille. Patronne des artisans et de l’artisanat elle serait également ouverte à un dialogue entre beaux arts et arts appliqués, arts visuels et design donc, un des grands enjeux contemporains.

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II- Dionysos, Hermès et consort : un lieu drôle, ouvert, pédagogique

Aussi, certains choix de dieux montrent une claire volonté de rendre le musée plus accessible. Ainsi Hermès est le choix de 29 des sondés, Dionysos de 26 et Ulysse de 20 auquel on peut ajouter Prométhée ou Pan. Toutes ces personnalités en en commun d’être à des frontières et de les dépasser. Hermès est ainsi conducteur des âmes vers la mort, Prométhée a donné un élément des dieux aux hommes (le feu), et par l’ivresse et la bestialité Dionysos et Pan sont toujours à la lisière de la civilisation… A travers eux et le choix des sondés, se dresse ainsi une critique en creux des établissements culturels avec par exemple les sondés 215, 426 et 529 :

215-Dyonisos parce que ça rendrait le lieu bien plus sympathique. Les vieilles histoire sont souvent raconté par des vieux et on a l’impression que c’est chiant alors que non !
245- Hestia, étant la déesse du foyer elle pourrait rendre les musées accueillant pour tout le monde et permettre ainsi au gens de s’y intéresser pour une plus grande démocratisation du savoir.
529- Pan, le dieu pas vraiment dieu mais tellement à la mode, pour réunifier l »Art’ des musées et la culture populaire. Il ferait des musées ouverts en pleine nature mêlant performance, danse, dessin, peinture, sculpture, musique, jeux vidéo, cinéma et cuisine. Au moins.

Le danger d’un musée est ainsi d’être ennuyeux car trop ancien, fermé sur lui-même et sur ses œuvres, condamner à l’entre soi. Le plus important ne serait donc pas tant de savoir bien gérer ou étudier les œuvres mais de les valoriser et les rendre accessible. Le musée doit ainsi pour continuer à être visible, se lier aux cultures contemporaines. Si Hermès semble être le médiateur parfait pour instruire les visiteurs, la princesse crétoise Ariane est ainsi plébisciter par ce sondé :

447- Ariane, ni déesse, ni héroïne, elle est là pour accompagner et guider Thésée. C’est à mon sens la qualité d’un conservateur : Séduit par l’art et la transmission d’une connaissance à un public, il guide le visiteur dans un musée pour l’aider à lui donner les outils de compréhension.

Les œuvres peuvent sembler complexes et la médiation, à l’aide de la muséographie, de guides humains et numériques ou d’événementiel, est plus que nécessaire. Aussi plusieurs réponses tentent d’apporter des solutions :

47- Dionysos, il offrirait des cocktails dînatoires gratuits dans le musée
157- Clio, parce qu’elle saurait proposer une scénographie de nature à inspirer et à informer le visiteur

Bacchus-Disney

# Conclusion

Un musée est en fait, comme le panthéon gréco-romain : un agrégat de professionnels aux connaissances spécialisées. Et si notre question portait sur la personnalité la plus à même de diriger ce genre d’institution, la tête ne peut marcher qu’avec la collaboration des autres corps de métiers. Certains des sondés se sont ainsi prêter à une judicieuse répartition des tâches :

496- Zeus pour favoriser l’éclairage, Athéna pour approfondir les connaissances, Vesta pour favoriser la convivialité, Apollon pour mettre de la musique au musée, Aphrodite pour accentuer l’aspect esthétique, Poséidon pour mettre une ambiance ‘nature’, Asclépios pour donner vie aux scuptures ou pour faire en sorte que les employés ne soient jamais malades, Héphaïstos pour assurer des réparations rapides.

 

 

# Détail des 709 réponses du questionnaire

1- Athéna : 154 = 21, 6 %

2- Apollon : 131 = 18, 5 %

3- Zeus : 42 = 5,8%

4- Aphrodite : 31

5- Hermès : 29

6- Dionysos : 26

7- Muses : 24

8- Ulysse : 20

9- Poséidon : 16

10- Héphaïstos 14

Hercule : 10

Hadès : 10

Mnémosyne : 9

Clio : 8

Éros : 7

Prométhée : 6

Artémis : 6

Héra : 5

Arès : 4

Gaia : 4

Orphée : 4

Hestia 3

Ariane : 3

2 mentions : une déesse, Déméter, Thot, Pygmalion, Achille, Thor, Chiron, Perséphone = 16

1 mention : Méduse, Atlas, Médée, Chaos, Odin, Calliope, Janus, Quetzalcóatl, Persée, Loki, Isis, Tyr, Cassandre, Icare, Platon, Méduse, Victoire de Samothrace, Éole, Antigone, Harmonie,Circé, Saturne, Hécate, Hemera, Eurydice, Pâris, Écho, Benten, Iris, Damoclès, Pan, Bastet , Psyché, Arachné, Captaine Cook, Morphée, Pandore, Ouranos, AThlété, Nikos = 40

Je ne sais pas : 40 +45 = 85 : 12 %

Pas compris : 4

= 709 réponses

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La jeunesse du jeune Bacchus à Roubaix

L’ Éducation de Bacchus, Emile Aubry

v.1929, Huile sur toile, H. 88,7; L. 116 cm
Inv. D. 2000-10-2; dépôt du Musée d’Orsay en 2000

Aubry habillé D2000-10-02

© Arnaud Loubry

Très beau tableau de la Piscine de Roubaix, L’éducation de Bacchus est à l’image de son auteur Emile Aubry : rempli de références et d’imagination.

Emile Aubry naît en Algérie à Sétif en 1880. Fils d’un médecin militaire, il fait ses études au grand lycée parisien Janson-de-Sailly. Il peint beaucoup de portraits et scènes de la vie quotidienne en Algérie, région à laquelle il reste très attaché. Ses études classiques lui font découvrir les mythes tant gréco-romains que latins qui seront le sujet de plusieurs de ses œuvres. Grand prix de Rome ex-æquo en 1907, il s’installe dans un atelier en plein cœur de Paris, rue Chaptal. La peinture mythologique lui permet de travailler le corps nu, tant masculin que féminin. Toutes ces créatures se côtoient, dieux et héros avoisinant centaures, nymphes et animaux des bois, comme dans un autre tableau conservé à la Piscine : Le Sacrifice d’Iphigénie de Louis Billotey (1886-1940). Le tableau est à la fois une scène mythologique et une plongée vivante dans ce bestiaire hybride. D’ailleurs, l’œuvre est également intitulée : Bacchanale (cortège de petites divinités en transe). Le tout est très joyeux alors que la jeunesse de Dionysos, dieu de l’allégresse, est terrible.

Sa mère Sémélé est une mortelle dont Zeus tombe amoureux. Pendant sa grossesse, elle demande au roi des dieux de se montrer tel qu’il est vraiment : Zeus arrive au milieu de ses éclairs sur un char éclatant de lumière ; Sémélé meurt, foudroyée par cette vision. Zeus récupère le fœtus dans sa cuisse et c’est ainsi que Dionysos peut survivre et naître. Mais Héra, la femme de Zeus, jalouse l’empêche de grandir dans le calme et la tranquillité. Zeus doit le cacher sur une montagne de Thrace parmi les divinités de la nature. C’est ainsi qu’il est représenté avec tout son joyeux cortège.

Le mythe de Dionysos (Bacchus chez les Romains) a beaucoup inspiré les artistes : vous pouvez par exemple retrouver à Arras, dans une peinture de Jacques Courtin, le petit dieu envoyé sur la montagne par Hermès , le messager de Zeus.

Le jeune Dionysos dans un livre-jeu divin !

 

Grand coup de cœur !

Je visitais une exposition, et à la boutique, ma cousine me glisse dans les mains cet ouvrage pour petits et grands :

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Intrigué, le vendeur ajoute qu’il s’agit d’une maison d’édition locale.

J’achète alors l’ouvrage et découvre plein de choses géniales :

  • déjà l’histoire. Même moi, je ne connaissais pas la légende racontée. Le style est simple pour les enfants avec cependant quelques mots bien précis, expliqués par la suite.
  • les illustrations : de jolies coloris avec des mouvements bien rendus.
  • une carte de l’Europe pour bien situer les épisodes.
  • les personnages sont à découper pour faire des marottes et revivre leurs aventures.
  • un paysage à détacher et colorier .

Bref, c’est complet, original et vraiment bien fait.

Si cela vous intéresse, voici le site de l’éditrice avec d’autres titres :

http://www.obriarteditions.com/sortable-portfolio-3/