Et si Troie était le Gouffre de Helm…

Petit compte-rendu d’une lecture estivale qui m’a agréablement surprise, publiée par la maison d’édition parisienne Bragelonne.

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C’est vrai qu’au départ, j’ai hésité. Encore un roman sur Troie ! Puis j’étais resté sur la déjà intéressante vision de Marion Zimmer Bradley qui dans La Trahison des Dieux, décrit la guerre du point de vue de la princesse Cassandre. On peut aussi citer le roman graphique L’âge de bronze d’Eric Shanower, très immersif. Alors retrouver les mêmes, encore une fois…

L’histoire pourtant m’a surprise et pour cause. Feu David Gemmell (il est mort en 2006) modifie les visions traditionnelles de cette épopée mythologique. Si cela surprend au début, force est de constater que c’est bien fait, assez logique et apporte un peu de nouveauté.  Par exemple ce que l’auteur fait du grand héros Énée. Son père n’est qu’un pirate devenu seigneur égoïste, sa mère n’est pas Aphrodite mais une mère qui se prenait pour une déesse. Puis il rencontre Andromaque pour une petite love story.  Bref, c’est déroutant mais pourquoi pas ?

On suit aussi le destins de personnages inventés mais fascinants comme un esclave égyptien, un guerrier mycénien repentit, un petit pécheur crétois. Les voir évoluer et rencontrer Ulysse ou Priam est vraiment jouissif.

Pour finir et sans trop spoiler, je soupçonne fortement l’auteur d’avoir fini son livre en regardant le dvd du Seigneur des Anneaux : Les deux tours, tant la bataille finale dans la citadelle de Troie ressemble quasiment à celle du Gouffre de Helm : la nuit à tenir, l’attente du sauveur, les femmes et les enfants cachés, les archers, la percée héroïque de guerriers badass… Notez tous les points communs, c’est très amusant. Du coup j’ai hâte de lire les autres tomes pour avoir ma bataille de Minas Tirith, et Enée couronné roi comme Aragorn ?

 

 

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Le prince d’ivoire de Bailleul

Enée portant son père, Anonyme

Cabinet XVIIe siècle Italie, ébène, ivoire, os, Inv 992.17.4, Dimensions du cabinet : hauteur : 162 cm, largeur : 134 cm ; Profondeur : 38,5 cm

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© Musée Benoît-De-Puydt

Découvrons Énée, un personnage célèbre tant dans la mythologie grecque que romaine, représenté  sur un cabinet du 17e siècle du musée de Bailleul.

Benoît De Puydt, riche notable de la ville, était aussi un grand collectionneur. À sa mort il légua de ses nombreuses œuvres d’art à sa ville : des peintures, des sculptures, des céramiques mais aussi des cabinets. Ce mot, aux multiples sens, désigne ici un meuble raffiné, disposant de  nombreux tiroirs . Le propriétaire y plaçait ses objets les plus précieux ou insolites. Aux XVIe et XVIIIe siècles, les cabinets de curiosités étaient des pièces remplies d’œuvres d’art ou d’objets étranges, de véritables précurseurs des musées. Le Musée de Bailleul en possède plusieurs dont celui-ci daté du XVIIe siècle et dont les scènes sont gravées sur de l’ivoire. Or sur les quatorze plaques présentées, seules cinq ont été identifiées avec certitude : il s’agit d’illustrations de « La Guerre de Troie ». Les autres doivent sans doute y faire référence, mais elles restent énigmatiques.

 L’épisode qui nous intéresse est  la fuite du prince Énée. C’est un grand guerrier qui défend la ville de Troie contre les Grecs. Son père Anchise, qu’il porte sur ses épaules, l’a conçu avec Aphrodite (Vénus), qui lui avait caché son identité. Énée est donc le fils d’une déesse. Lorsque les Grecs parviennent à prendre Troie grâce à leur cheval de bois, ils mettent la ville à sac et l’incendient . On voit ainsi des flammes derrière le héros. Protégé par sa mère, Énée réussit à s’enfuir avec son père, son fils Ascagne  et d’autres survivants, mais sans l’épouse d’Anchise, Créuse qui a disparu  mystérieusement. La suite de ses aventures est racontée par le poète latin Virgile : L’ Énéide. Le prince, après de multiples épreuves, s’installe en Italie où il sera à l’origine de la future Rome.

Pour voir une autre de ses aventures, rendez-vous à Cambrai pour le retrouver avec la belle princesse Didon, reine de Carthage, dont il tomba amoureux. (Leur bonheur fut de courte durée, car Énée, obéissant aux dieux, repartit avec sa flotte accomplir sa mission dans le Latium : fonder une ville qui succéderait à Troie.)