Le pipi d’Homère rend-il intelligent ?

Je vous laisse découvrir ce beau poème en vieux français de 1553 de l’humaniste toulousain Guillaume de La Perrière :

 » Homere pisse, et maint homme souhaite

Saouller sa soif, boyvant de son urine

Pour te montrer, que jamais bon Poëte

Tu ne seras sans gouster sa doctrine »

Et comme le monde est bien fait, voici l’image associéemorosophie-guillaume-de-la-perriere

Quel est le sens spirituel de tout cela ? (Car oui, il y en a un)

La Perrière s’inspire du peintre grec Galaton, vivant à Alexandrie vers la fin du IIIe siècle av J.C. Allant encore plus loin, il aurait réalisé une scène où au lieu du liquide jaunâtre, les personnages mangeaient …le vomi du poète  ! Pourquoi associer tant d’horreurs au célèbre père de l’Iliade et de l’Odyssée ?

Il s’agit en fait d’une critique en bonne et due forme des artistes de la cour du pharaon Ptolémée IV, qui, n’ayant aucun talent, ne faisaient que (mal) copier les vers d’Homère et ennuyer leur souverain. Homère revient à la mode avec la Renaissance et La Perrière semble vouloir lui-aussi se moquer de ses collègues. Ils étaient si drôles ces Grecs Égyptiens !

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Détruire les dieux, en apprenant !

Cela fait longtemps que je n’avais pas reparlé de jeux-vidéos.

C’est donc parti avec un jeu étonnant, drôle, plutôt savant dans ses références !

Okhlos !

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Édité par le studio « Coffee Powered Machine », tout son scénario tient dans la traduction grec de son titre. ὄχλος signifie « populace » ou « foule ». Le peuple grec en a marre de ces dieux qui font n’importe quoi ; ils décident alors de se révolter !

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Instruit par Homère, vous incarnez un philosophe qui doit diriger cette foule composée de citoyens, d’esclaves (qui portent vos armes), de guerriers, de héros. Plus la foule est énervée, plus vous êtes puissant. Chaque niveau se déroule dans une ville et chaque boss est un dieu du panthéon olympien.

Au delà de son aspect défouloir et addictif (tout détruire !!!). La série a quelques côtés didactiques, à plus d’un titre :

  • Déjà les explications d’Homère sont drôles et apportent de multiples infos sur la société antique, ainsi sur les esclaves :

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  • Les boss sont bien trouvés. Dionysos perturbe votre foule en le rendant alcoolisés ; pour tuer Arès, vous devez d’abord affronter ses enfants Déimos (la terreur) et Phobos (la panique)….
  • la foule des héros présents et leurs représentations : Ajax déjà empalé, Andromaque mais aussi bon Spartacus, une version d’Einstein… Tous sont présents dans une encyclopédie présent sur l’écran d’accueil. imag4500

Bref, un bon petit jeu disponible pour 12 euros sur Internet. On pourra juste regretter que cela soit un peu dur (bon après, je ne suis pas très bon non plus) et répétitif. On a tout de même envie de le finir pour découvrir d’autres dieux et héros.

Le lien ici : http://store.steampowered.com/app/400180/?l=french

Le chant des sirènes à Saint-Omer

Les sirènes, Léon Belly

France, 1867, huile sur toile, inv. 0142 CM, Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin

Reproduction

© B. Jagerschmidt, Musées de Saint-Omer

Ce tableau d’un peintre né à Saint-Omer orne magnifiquement l’escalier d’honneur du Musée.

Léon Belly est plutôt considéré comme un peintre paysagiste influencé par l’école de Barbizon, mais aussi orientaliste après des séjours de 1855 à 1858 en Égypte et sa rencontre avec d’autres peintres de cette mouvance. Il obtient en 1861 une médaille de première classe au Salon avec La caravane de pèlerins allant à la Mecque. Puis en 1867, il présente le tableau Les sirènes. Il s’inspire du peintre flamand Rubens pour la position des sirènes et cherche à célébrer la culture antique. En effet, il s’agit d’une des rares tentatives du peintre de s’essayer au grand genre qu’est la peinture d’histoire. Cette peinture est donc autant une œuvre illustrant un épisode de l’Odyssée d’Homère, qu’une étude du nu. Malgré une faiblesse évidente dans l’exécution, elle est achetée par Napoléon III qui l’offre à la ville de Saint-Omer. Le musée conserve de nombreux dessins préparatoires de l’œuvre.

La peinture illustre le chant XII de l’Odyssée d’Homère. Ulysse et son équipage reprennent la mer après plus d’un an passé chez la magicienne Circé. Celle-ci les a prévenus qu’ils rencontreront des sirènes au chant tellement envoûtant qu’ils finiront par quitter leur navire et se noyer. Les marins se bouchent alors les oreilles avec de la cire, tandis qu’Ulysse, pour écouter leur chant, se fait solidement attacher au mât. Le tableau s’éloigne un peu de cette description. Les sirènes sont des femmes-poissons plus proches du conte d’Andersen que des femmes-oiseaux du mythe grec. De plus, Ulysse n’est que faiblement attaché, comme s’il pouvait presque succomber à la tentation. La présence de la lyre rappelle qu’un autre héros, le prince des poètes, Orphée, a lui aussi affronté les sirènes en couvrant leur chant par sa musique divine.

Dans le même musée, retrouvez Ulysse, cette fois de retour à Ithaque dans une peinture de François Chifflart. Vous pouvez aussi retrouver en sculpture sa femme Pénélope par Antoine Bourdelle au Palais des Beaux-Arts de Lille.

Une belle princesse au bord de la Piscine de Roubaix

Nausicaa, Georges-Armand Lacroix

Lacroix habillé 2007-45-2© Alain Leprince – Roubaix Musée La Piscine

Figure gracieuse de la Piscine de Roubaix, Nausicaa fait partie des nombreuses divinités marines du musée.

Ouvert en 2001, le Musée d’art et d’Histoire de la ville de Roubaix a alors pris place dans l’ancienne piscine art déco d’Albert Baert construite dans l’entre-deux-guerres. Le bassin central a été gardé et sont placées tout autour de nombreuses sculptures des XIXe et XXe siècles. Quoi alors de plus logique que d’y retrouver de nombreuses œuvres liées aux dieux de la mer ? Le maître de ce monde est présent puisque c’est de la bouche d’une tête de Neptune sculpté, que sort l’eau. Sa femme, Amphitrite, n’est pas loin, dans une sculpture d’Eugène Deplechin. Nausicaa, princesse d’une grande île fait partie des nombreuses nymphes, danaïdes et sirènes qui entourent le bassin au côté du couple divin.

Nausicaa est la princesse du peuple des Phéaciens. Dans l’Odyssée, Athéna lui commande d’aller laver son linge près de la mer. C’est là qu’elle aperçoit Ulysse qui vient de subir un énième naufrage à cause de Poséidon. Elle tombe tout de suite amoureuse de cet étranger et espère en faire son mari. Elle l’habille et le conduit dans sa capitale. Arrivé au palais, il est accueilli avec tous les honneurs par les souverains. Le héros raconte alors toutes ses aventures (cyclope, sirènes…). Le roi lui propose sa fille en mariage mais Ulysse refuse : il veut rentrer chez lui ! Les Phéaciens lui donnent alors un bateau et devant le regard attristé de Nausicaa, Ulysse repart vers Ithaque.

Vous pouvez retrouver deux autres aventures d’Ulysse au Musée de Saint Omer où il est représenté dans des peintures de Léon Belly et François Chifflart.

Un héros grec roi d’un club de foot !

Aujourd’hui c’est jour de foot avec le début de l’Euro ; et la mythologie dans tout ça ?

Allons du côté d’un des pays malheureusement pas qualifiés et pourtant grande terre de football : Les Pays-Bas !

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Puis, soyons plus précis. Tiens, allons à Amsterdam !  Il y a une grande équipe qui a gagné 4 coupes d’Europe : l’Ajax !

Ajax_Amsterdam

Cet Ajax (le Grand) est bien le fameux guerrier de la guerre de Troie. Du côté des Grecs, il était un des plus valeureux. Aussi le club l’a choisi comme emblème. Or petit problème qui me chagrine un peu… Ici, notre héros porte un bonnet phrygien qui était celui des…Troyens ! Est-ce à dire que les joueurs de ce club de football aiment leurs adversaires et échangent non leur bonnets, mais maillots à la fin du match ? Tiens, cela rappelle un fameux combat dans l’Iliade d’Homère où justement Ajax et le prince troyen Hector n’arrivent pas à se départager. Ils se donnent alors des cadeaux à la tombée de la nuit.

Je finis en vous montrant une autre image, celle de l’emblème du club avant 1991, plus détaillé. D’ailleurs de nombreux supporters le préfèrent encore aujourd’hui.Ajax_Amsterdam_(ancien)

Bel Euro à tous (dommage la Grèce n’est pas qualifiée…) !!

Les dieux à la bibliothèque de Lille !

On finit ce marathon des conférences d’avril avec une superbe table-ronde où j’étais invité par le Festival « Jeunes Chercheurs dans la Cité ».

jeunes chercheurs

Celui-ci vise à permettre aux jeunes doctorants de s’exprimer dans des lieux inhabituels. En l’occurrence ici, au milieu des livres de la médiathèque Jean-Lévy dans le centre de Lille. Sur la thématique de la « Littérature comme objet de réélaboration », j’ai pu aborder la question de la représentation des dieux d’Homère dans les Jeux-vidéo/Cinéma/Musées.

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J’ai pu parler de ces chers dieux, de leurs forces et faiblesses ainsi que de l’intérêt de pouvoir lier des œuvres des beaux-arts avec les textes antiques et les nouveaux médias. Deux autres doctorants ont abordé la question des super-héros au cinéma et les dispositifs transmédia. Nos présentations seront publiées en ligne et peut-être même en version papier, affaire à suivre…

L’accueil fut vraiment super sympa, tant par les organisatrices du festival que le personnel de la bibliothèque. Les discussions entre mes collègues doctorants et le public fut aussi super riche. On a vraiment pu échanger pendant et après, autour d’un sympathique buffet.

Donc oui, un énorme merci à tous et quelques liens :

vers le site du festival : https://jeuneschercheursdanslacite.wordpress.com/

et la médiathèque : http://www.bm-lille.fr/

Jouer Homère au Louvre-Lens !

Dimanche 24 avril 2016,  un vieux rêve s’est réalisé :

celui-là !

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Le Louvre-Lens a organisé un week-end où les étudiants avaient carte-blanche pour créer des médiations !

J’ai donc écris une mini pièce de théâtre où Homère s’oppose à Ovide à propos de leur nouvelle exposition sur le club de football du R.C Lens. Ils participent à trois épreuves créées par le juge Midas. Le public vote alors à chaque fois pour le meilleur !

Vous pouvez tout lire ici :Mythologie grecque vs RC Louvre Ballaguy Cyrille

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Avec Eric et José, nous avons joué deux fois le dimanche. Le public a été de plus en plus au rendez-vous et se fut un vrai plaisir ! Jouer un Homère new age autour de tant de chefs- d’œuvres avec un balai en plastique… D’ailleurs pour les résultats : Homère a gagné les deux fois : 3 à 0 contre Ovide !

Un énorme merci à mes amis-acteurs ainsi qu’à M.Gautier Verbeke pour l’organisation, l’accueil et les photos !

Episode 1 : Pourquoi Homère est chiant ?

Et c’est parti pour le premier épisode

Je suis parti d’un sentiment tout simple : à 20 ans, quand j’ai lu Homère, je n’ai pas aimé. J’avais adoré Hérodote, Aristophane, Lucien….Mais Homère.. non ! Est-ce un crime pour un doctorant comme moi ? Et d’autant plus pour tous les collégiens d’Europe ?

Eh bien oui, on peut ne pas aimer le style écrit Homère… mais aimer l’entendre et se plonger dans son univers. Tant que l’on lit, qu’on se regarde des dvds, qu’on se plonge dans ce monde fabuleux ! Chacun à sa manière, le monde des dieux comme bannière !

Bref, dites moi ce que vous en pensez ! Bonnes ou mauvaises critiques 🙂

https://www.youtube.com/watch?v=XHpZ5MypB44

L’Iliade au théâtre : violent, drôle et superbe

J’ai eu l’occasion en décembre dernier, d’assister à une adaptation de l’Iliade au Théâtre de Belleville, à Paris :

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Ce fut vraiment très intéressant !

Avec seulement 5 comédiens et un décor minimaliste, le texte d’Homère prend vie de manière viscérale. Alternant les passages guerriers plein de tensions et les élucubrations drôles des dieux au sommet de l’Olympe, on passe 1h20 fascinante.

Bon, je trouve quelques réécritures maladroites, mais les efforts pour rendre le texte accessible sont souvent très bien trouvés. Le spectateur va vraiment de surprise en surprise et je ne voudrais point vous révéler les nombreuses trouvailles de la metteur en scène Pauline Bayle. Juste un conseil : arrivez à l’heure :).

C’est jusqu’au sept février, voici le lien :

http://www.theatredebelleville.com/saison-15-16/item/269-iliade