Les dieux de l’Amour !

Nouvelle vidéo un peu particulière en attendant les autres qui vont arriver bientôt. Sur l’idée d’Oliver Lapirot du magazine Nord Eka, je me suis essayé à Windows Movie Maker pour monter images et son. Du coup c’est peut-être moins punchy, mais tout aussi informatif et je l’espère entrainant et sympa à voir.

C’est parti donc pour un voyage tout mignon et langoureux sur les terres mythiques du désir !

Alors, qu’en pensez-vous ?

Pour les références aux œuvres et aux sources, tout est marqué sur ma page YouTube 🙂

Une course-poursuite musicale à Hazebrouck

Pan et Syrinx, Pierre-Paul Rubens, Jan Wildens,

XVIIe siècle, huile sur toile, Inv : M.N.R 404 / D 85-1. Hazebrouck, Musée des Augustins

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© Musée des Augustins d’Hazebrouck

Tableau dont la provenance est mystérieuse, longtemps considéré comme une œuvre de Rubens, il n’en représente pas moins un épisode très populaire durant l’âge d’or de la peinture hollandaise.

Pierre-Paul Rubens est un des plus grands artistes du XVIIe siècle. Privilégiant la couleur dans ses œuvres, il fut surnommé par Delacroix , le « Homère de la peinture ». La peinture mythologique est alors en vogue et Rubens réalise de nombreuses œuvres exposées dans les musées du monde entier. En 1610 il emménage à Anvers dans une nouvelle demeure qui devient un grand atelier où collaborent de nombreux peintres comme Antoon Van Dyck et Jan Brueghel l’Ancien. Il est ainsi parfois compliqué de savoir qui a réalisé tel tableau, comme c’est le cas ici. Il s’agit alors probablement d’artistes s’étant inspirés du maître.

Ce tableau a également une histoire particulière : comme cinq autres œuvres du Musée des Augustins d’Hazebrouck, il possède la mention MNR ou « Musées Nationaux Récupération ». Il s’agit de peintures volées par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale et retrouvées par les Alliées. N’ayant pour l’instant jamais retrouvé leur propriétaire, les musées sont tenus de les exposer le plus souvent possible.

Ce tableau raconte un épisode très célèbre des Métamorphoses d’Ovide que vous pouvez aussi retrouver au Musée de l’Hospice Comtesse à Lille ou au Musée des Beaux-Arts d’Arras.

Syrinx est une hamadryade (divinité des arbres) dont le dieu des bois Pan mi-homme mi-bouc, tombe éperdument amoureux. Il la poursuit dans la forêt et pour ne pas se faire violer, Syrinx demande l’aide des dieux. Elle est alors transformée en roseaux au bord d’une rivière. Pan remarque que le vent fait d’étranges sons avec cette plante. Il coupe les roseaux en morceaux de plusieurs longueurs, les attache entre eux et en fait un instrument de musique à vent. Il l’appelle « syrinx » et garde ainsi sa bien-aimée auprès de lui. On nomme aujourd’hui cet instrument « la flûte de Pan ».

La jeunesse du jeune Bacchus à Roubaix

L’ Éducation de Bacchus, Emile Aubry

v.1929, Huile sur toile, H. 88,7; L. 116 cm
Inv. D. 2000-10-2; dépôt du Musée d’Orsay en 2000

Aubry habillé D2000-10-02

© Arnaud Loubry

Très beau tableau de la Piscine de Roubaix, L’éducation de Bacchus est à l’image de son auteur Emile Aubry : rempli de références et d’imagination.

Emile Aubry naît en Algérie à Sétif en 1880. Fils d’un médecin militaire, il fait ses études au grand lycée parisien Janson-de-Sailly. Il peint beaucoup de portraits et scènes de la vie quotidienne en Algérie, région à laquelle il reste très attaché. Ses études classiques lui font découvrir les mythes tant gréco-romains que latins qui seront le sujet de plusieurs de ses œuvres. Grand prix de Rome ex-æquo en 1907, il s’installe dans un atelier en plein cœur de Paris, rue Chaptal. La peinture mythologique lui permet de travailler le corps nu, tant masculin que féminin. Toutes ces créatures se côtoient, dieux et héros avoisinant centaures, nymphes et animaux des bois, comme dans un autre tableau conservé à la Piscine : Le Sacrifice d’Iphigénie de Louis Billotey (1886-1940). Le tableau est à la fois une scène mythologique et une plongée vivante dans ce bestiaire hybride. D’ailleurs, l’œuvre est également intitulée : Bacchanale (cortège de petites divinités en transe). Le tout est très joyeux alors que la jeunesse de Dionysos, dieu de l’allégresse, est terrible.

Sa mère Sémélé est une mortelle dont Zeus tombe amoureux. Pendant sa grossesse, elle demande au roi des dieux de se montrer tel qu’il est vraiment : Zeus arrive au milieu de ses éclairs sur un char éclatant de lumière ; Sémélé meurt, foudroyée par cette vision. Zeus récupère le fœtus dans sa cuisse et c’est ainsi que Dionysos peut survivre et naître. Mais Héra, la femme de Zeus, jalouse l’empêche de grandir dans le calme et la tranquillité. Zeus doit le cacher sur une montagne de Thrace parmi les divinités de la nature. C’est ainsi qu’il est représenté avec tout son joyeux cortège.

Le mythe de Dionysos (Bacchus chez les Romains) a beaucoup inspiré les artistes : vous pouvez par exemple retrouver à Arras, dans une peinture de Jacques Courtin, le petit dieu envoyé sur la montagne par Hermès , le messager de Zeus.

Le chant des sirènes à Saint-Omer

Les sirènes, Léon Belly

France, 1867, huile sur toile, inv. 0142 CM, Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin

Reproduction

© B. Jagerschmidt, Musées de Saint-Omer

Ce tableau d’un peintre né à Saint-Omer orne magnifiquement l’escalier d’honneur du Musée.

Léon Belly est plutôt considéré comme un peintre paysagiste influencé par l’école de Barbizon, mais aussi orientaliste après des séjours de 1855 à 1858 en Égypte et sa rencontre avec d’autres peintres de cette mouvance. Il obtient en 1861 une médaille de première classe au Salon avec La caravane de pèlerins allant à la Mecque. Puis en 1867, il présente le tableau Les sirènes. Il s’inspire du peintre flamand Rubens pour la position des sirènes et cherche à célébrer la culture antique. En effet, il s’agit d’une des rares tentatives du peintre de s’essayer au grand genre qu’est la peinture d’histoire. Cette peinture est donc autant une œuvre illustrant un épisode de l’Odyssée d’Homère, qu’une étude du nu. Malgré une faiblesse évidente dans l’exécution, elle est achetée par Napoléon III qui l’offre à la ville de Saint-Omer. Le musée conserve de nombreux dessins préparatoires de l’œuvre.

La peinture illustre le chant XII de l’Odyssée d’Homère. Ulysse et son équipage reprennent la mer après plus d’un an passé chez la magicienne Circé. Celle-ci les a prévenus qu’ils rencontreront des sirènes au chant tellement envoûtant qu’ils finiront par quitter leur navire et se noyer. Les marins se bouchent alors les oreilles avec de la cire, tandis qu’Ulysse, pour écouter leur chant, se fait solidement attacher au mât. Le tableau s’éloigne un peu de cette description. Les sirènes sont des femmes-poissons plus proches du conte d’Andersen que des femmes-oiseaux du mythe grec. De plus, Ulysse n’est que faiblement attaché, comme s’il pouvait presque succomber à la tentation. La présence de la lyre rappelle qu’un autre héros, le prince des poètes, Orphée, a lui aussi affronté les sirènes en couvrant leur chant par sa musique divine.

Dans le même musée, retrouvez Ulysse, cette fois de retour à Ithaque dans une peinture de François Chifflart. Vous pouvez aussi retrouver en sculpture sa femme Pénélope par Antoine Bourdelle au Palais des Beaux-Arts de Lille.

Voler de ses propres ailes à Bergues

Icare et Dédale, Pieter Thys

Musée du Mont-de-Piété de Bergues, Flandres, XVIIe siècle, huile sur toile, Inv : 2010.0.111.

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© Musée du Mont-de-Piété de Bergues

Ce tableau, une des rares représentations du mythe d’Icare dans les musées du Nord, permet de comprendre la création du riche musée de Bergues.

Pieter Thys était un peintre flamand né à Anvers en 1624. Il fut un élève du grand Antoine van Dyck. Il a peint beaucoup de portraits pour les aristocrates de l’époque ainsi que quelques tableaux mythologiques.

L’œuvre appartient au musée depuis sa création, puisqu’il s’agit d’une saisie révolutionnaire. A cette époque, les riches notables de l’Ancien ordre du Tiers-état récupérèrent de nombreuses œuvres dans les édifices religieux et les habitations des nobles laissées à l’abandon. Les œuvres ont alors connu plusieurs lieux de conservation tout au long du XIXe et XXe siècle : Hôtel de Ville, galerie près de la bibliothèque, nouvel Hôtel de ville. Puis en 1953, les œuvres déménagent définitivement au Mont de Piété de Bergues. Le tableau de Pieter Thys a donc suivi tous ces changements.

Il montre ici deux personnages : Icare et Dédale. Il faut alors parler d’un autre mythe très connu et lié, celui de Thésée et du Minotaure. Ce monstre mi-homme, mi-taureau vivait dans un labyrinthe construit par l’architecte Dédale à la demande du roi Minos. Ce roi enfermait à l’intérieur de jeunes Athéniens. Un jour, grâce à l’aide de la fille de Minos, le prince Thésée, parvint à tuer le Minotaure et à s’échapper du labyrinthe. Minos, fou de rage, y enferma alors Dédale avec son fils Icare. Par la suite, les deux héros s’en évadèrent en volant grâce à des plumes attachées par de la cire d’abeilles. Dédale prévint alors son fils de ne pas s’approcher trop près du soleil. Mais Icare, grisé par la sensation de liberté, ne l’écouta pas. La cire fondit, les ailes se détachèrent et le jeune homme mourut noyé dans la mer.

Si vous désirez voir le fameux Minotaure, le musée de Boulogne-sur-Mer possède un très beau vase sur le sujet.

Livret explicatif pour tableau de mariage divin

Jusqu’au 28 août a lieu au Musée de l’hôtel Sandelin de Saint Omer, l’exposition « Chefs-d’œuvre en dialogue » qui montre les liens entre les œuvres du musée et celui des beaux-arts de Dunkerque actuellement fermé.

Parmi les œuvres exposées, un tableau que j’adore, les Noces de Thétis et Pelée de Mathieu Elias, de 1702.

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Beaucoup de personnages sont présents, presque tous les dieux de l’Olympe en fait. En plus si on regarde bien, toute une histoire est racontée.

Difficile de s’y retrouver ?

C’est bien pour cela que j’ai réalisé un petit livret famille avec photos plus détaillées et explications simples pour tout savoir de ce mariage. Vous pouvez le télécharger ici et l’imprimer : livret explicatif Thétis et Pelée – Ballaguy Cyrille

Puis bien sûr n’hésitez pas à voir l’œuvre « en vraie » au musée de l’hôtel Sandelin.

Toutes les informations ici :

http://www.patrimoines-saint-omer.fr/Les-actualites/EXPO-Chefs-d-oeuvre-en-dialogue

La terrible sorcière de Lille

Médée Furieuse, Eugène Delacroix

1838, huile sur toile, Palais des Beaux-Arts de Lille, P 542.

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© Lille, Palais des Beaux-Arts

Œuvre maîtresse du Palais des Beaux-Arts de Lille, elle raconte pourtant un des épisodes les plus terrifiants de la mythologie grecque.

Cette peinture fut présentée au Salon de 1838 (prestigieux lieu d’exposition de l’Art à Paris). Delacroix est déjà très célèbre, son fameux tableau : La liberté guidant le peuple datant de 1830. Il est alors au centre des querelles entre les partisans du Romantisme et ceux de l’Académisme. Ici, le peintre s’inspire d’un épisode mythologique tragique : Médée s’apprête à tuer ses deux enfants. La lumière venant de l’ouverture de la grotte à gauche permet de jouer sur les ombres. Elle met en valeur les formes des corps ainsi que les couleurs du vêtement de Médée. Les trois personnages sont organisés de manière pyramidale avec le poignard comme seul élément vertical. Delacroix a beaucoup réfléchi à cette œuvre puisqu’on en a retrouvé des croquis datant de 1818. Elle fut achetée lors du Salon par l’État qui l’envoya au Palais des Beaux-Arts de Lille dès 1839. Le musée possède aussi vingt-sept dessins de l’artiste, en lien avec le tableau, qui montrent toute sa minutie pour trouver la meilleur composition possible. De nombreuses copies furent réalisées, vous pouvez en voir une au Musée Benoît de Puydt de Bailleul.

La magicienne Médée est souvent plus connue pour l’épisode de la Toison d’Or. Fille du roi de Colchos, elle aida le héros grec Jason à s’emparer de ce trésor gardé au palais par un féroce dragon. Jason décida alors de l’emmener avec lui et de l’épouser. Arrivé en Grèce, il devait récupérer son royaume dirigé par son oncle. Médée par un sortilège fit découper ce dernier en morceaux par ses filles. Obligée de s’enfuir avec Jason, ils trouvèrent refuge à Corinthe où ils eurent deux fils. Mais pour des raisons tant politiques que sentimentales, Jason décida d’épouser la fille du roi de la ville. Médée, furieuse et blessée envoya une robe qui brûla vive sa concurrente puis décida pour punir Jason, de tuer leurs enfants. C’est la scène qui est représentée ici. Elle arriva ensuite à s’enfuir et commit d’autres crimes, notamment à Athènes avec un autre grand héros : Thésée.

La plupart de ces épisodes de la vie de Médée sont présentes au Musée du Dessin et de l’Estampe originale de Gravelines dans des gravures de René Boyvin.

Le petit Bacchus du Musée d’Arras

Bacchus confié aux nymphes de Nysa, Jacques Courtin

Musée des Beaux-Arts d’Arras, France, XVIIIe siècle, huile sur toile, 77,3cm de haut, 97,5cm de large, Inv : 896.1.3.

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Œuvre d’un peintre académicien, le sujet met au centre une aventure peu connue du dieu Hermès ou Mercure chez les Romains.

Jacques François Courtin est un peintre de la première moitié du XVIIIe siècle. Deux fois deuxième au grand Prix de Rome, il est élu à l’Académie royale de peinture en 1710 et nommé « Peintre ordinaire du roi », un grand honneur puisqu’il est payé par la couronne et se trouve toute l’année, au service du monarque. Il devait réaliser principalement des portraits de la famille royale et de la Cour. La mythologie est alors un sujet de prédilections des peintres, puisant leur inspiration chez les auteurs antiques ou s’inspirant des marbres romains. Malgré ses quelques tableaux religieux ou mythologiques, il est surtout connu pour ses œuvres peignant la vie quotidienne à la Cour comme le Jeu de bilboquet ou la Jeune Fille au masque, qui sont popularisés par leurs reproductions en gravure.

Nous voyons ici le jeune nourrisson Dionysos/Bacchus que Mercure vient d’apporter aux nymphes vivant dans les collines de Thrace. La femme de Jupiter, Junon, pourchassa l’enfant, fruit des infidélités de Jupiter. Celui-ci fut au départ confié à sa tante Ino et à son mari. Mais Junon le découvrit et rendit le couple fou. Mercure est alors dépêché par Jupiter pour cacher l’enfant au plus vite. Il trouve ainsi refuge parmi les nymphes et le dieu de l’ivresse, Silène.

C’est cependant Mercure qu’on remarque le plus sur ce tableau, occupant toute la partie gauche avec son grand drapé rouge. Il se déplace dans les airs, son corps tout en torsion. On remarque ses attributs caractéristiques : les ailes aux pieds et sur son pétase (chapeau) ainsi que le caducée, baguettes avec deux serpents entrelacés. Ce dieu des voyageurs et des commerçants, guide du passage vers l’Enfer, est aussi le messager de Mercure. Paradoxalement, bien qu’il soit l’un des dieux les plus représentés, il n’est le personnage principal d’aucun mythe.

Vous pouvez ainsi le retrouver avec Orphée en Enfer dans un tableau conservé à Calais, conduisant trois déesses sur un vase grec de Lille ou encore tuant le géant Argus pour Jupiter, sur une autre œuvre d’Arras.