Voyage mythologique à … Calais

On continue notre visite de la mythologie dans les musées du Nord de la France en nous arrêtons cette fois-ci au Musée des beaux-arts de Calais !

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« Calais d’ici et d’ailleurs », c’est sous ce titre que le musée organise ses collections permanentes, à la suite de la première salle dédiée aux Bourgeois de Calais d’Auguste Rodin. Les œuvres mythologiques sont alors concentrées en grande partie avec d’autres œuvres de la religion chrétienne dans la première section de cet espace : Formes du Sacré / Figures du monument.

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Autour de cette approche thématique, le musée prend le parti de faire côtoyer des œuvres d’époques très éloignées. Ainsi à l’entrée de la section trouve-t-on deux têtes. La première est une copie romaine en marbre d’un original grec qui représente Dionysos. A côté, trône une sphinge du sculpteur Joseph Bernard. Cet artiste dont la période d’activité se situe entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle était un adepte de ces formes archaïques, réalisées dans la taille directe de la pierre. Il dut se faire une place entre d’autres grands sculpteurs de l’époque comme Rodin ou Antoine Bourdelle.

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On retrouve d’ailleurs une œuvre de celui-ci juste en face. Il s’agit d’un buste en dépôt du Musée Bourdelle, de son fameux Héraklès archer. Cette sculpture qui représente le héros tuant les oiseaux du lac Stymphale connut une histoire singulière. Réalisée à partir de la pose du militaire Doyen-Parigot, elle fut achetée en exclusivité par une riche personnalité, Gabriel Thomas. Mais face au grand succès de l’œuvre au Salon de la Société nationale des beaux-arts et à de nombreuses demandes de fontes, l’artiste dût batailler avec Gabriel Thomas pour pouvoir autoriser des copies de son chef-d’œuvre. Celle de Calais date de 1971 et est au musée depuis 1973.

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A ses côtés, une autre grande figure mythologique est présente, celle d’Orphée dans une peinture d’Henri Regnault. Il s’agit d’une œuvre réalisée pour le concours du Grand prix de Rome de peinture en 1865 et dont le sujet était précisément : Orphée redemandant Eurydice aux divinités infernales.

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On retrouve tous les personnages du mythe : Orphée, Pluton, Perséphone, un Cerbère plutôt docile et même Mercure qui a sans doute guidé le héros. L’ambiance, assez froide et sombre, ne permit pas à Henri Renault d’avoir le Prix qu’il remporta l’année suivante avec un autre sujet mythologique : Thétis apportant à Achille les armes forgées par Vulcain.

Puis si vous allez plus loin, vous découvrirez un Narcisse, des Ménades…. Bref là aussi un très beau musée pour rêver ce mythes et de légendes !!

Pour allez plus loin :

Le site du musée : http://www.calais.fr/fr/Ville-de-Calais/envie-de-bouger/a-visiter-a-voir/musee-des-beaux-arts

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Le beau Narcisse de Calais

Narcisse à la fontaine, Louis Chauvin

Marbre, XXème siècle, 52,5 H x 27,5 L x 21 P cm, dépôt du Fonds national d’art contemporain (Centre national des arts plastiques), Ministère de la culture et de la communication, Paris au musée des beaux-arts de Calais. N° Inv. FNAC. 9767. Année de dépôt : 1977, n° inv.mba. D.977.7.1.

Louis Chauvin, Narcisse à la fontaine-Calais

© F. Kleinefenn

La mythologie a aussi inspiré les artistes proches de l’abstraction trouvant dans certaines histoires, grande matière à réflexion.

C’est le cas du mythe de Narcisse chez l’artiste français Jean Gabriel Chauvin dit Chauvin. Il réalise sa première sculpture, La Métamorphose, dès ses 17 ans. En bois et taillé au couteau, il doit la cacher sous du charbon pour ne pas se faire réprimander par son père. Dès lors, le thème de la transformation fut toujours présent dans son travail. Arrivé à Paris en 1908, il s’essaye au cubisme avant de choisir l’abstraction. Il fut élève et praticien de Joseph Bernard jusqu’en 1914. Il est présent dans les nombreux salons des avant-gardes puis expose après la Seconde Guerre mondiale partout en Europe.

Le mythe de Narcisse est le sujet de nombre de ses œuvres. Ici un lien peut être trouvé avec le mythe dans sa tentative de symétrie de la figure (entre la gauche et la droite). L’utilisation du marbre blanc rappelle aussi les sculptures antiques et leur beauté idéalisée figée dans cette pierre à la surface lissée.

L’histoire de Narcisse commence par une malédiction. Le devin Tirésias annonce à sa mère que son fils aura une longue vie à condition qu’il ne voie jamais son image. Elle supprime alors tous les miroirs de leur maison. Narcisse grandit et devient d’une grande beauté. De nombreux jeunes hommes et femmes le courtisent mais Narcisse se refuse à tous. Il se moque notamment de la nymphe Écho qui ne peut que prononcer la fin de ses phrases, gênée par son propre écho. Attristée, elle demande aux dieux de le punir. Aussi, un jour qu’il était à la chasse, Narcisse saisi d’une soudaine soif, va se désaltérer à une rivière. Il voit alors son reflet dans l’eau. Pensant rencontrer une autre personne, il en tombe amoureux. Mais l’eau se trouble à chaque fois que Narcisse pleure ou tente de saisir son reflet. Il meurt ainsi de tristesse, noyé dans son propre reflet et son corps est transformé en une fleur : le narcisse.

Le thème a beaucoup intéressé les artistes comme en témoignent une autre sculpture plus classique, à Valenciennes ainsi que le décor d’une plaque en émail du musée de Bailleul.

Le bel Héraklès, tueur d’oiseaux au Musée des Beaux-Arts de Calais

Héraklès archer, Antoine Bourdelle

Torse,  bronze, 1909, fonte Godard n.6, 1971, 91,2 H x 65,7 L x 47,5 P cm, dépôt de Rhodia Dufet-Bourdelle en 1986, dépôt du musée Bourdelle, musée de la ville de Paris au musée des beaux-arts de Calais en 1986, n° inv. D.977.4.1.

Antoine Bourdelle, Héraklès archer-Calais. © F. Kleinefenn

Cette sculpture en bronze est une étude préparatoire de torse pour l’une des œuvres les plus connues d’Antoine Bourdelle, représentant Héraklès (ou Hercule chez les Romains) lors de l’un de ses 12 travaux : celui qui le conduisit à affronter les oiseaux du lac de Stymphale.

Antoine Bourdelle est un très grand sculpteur français de la fin du XIXe siècle-début XXe siècle. Célèbre et célébré de son vivant, il travailla comme praticien de Rodin de 1893 à 1908. Il contribua à former des artistes comme Matisse, Giacometti ou Germaine Richier. Il puise dans la mythologie grecque une riche iconographie. Outre Héraklès, on lui connaît des représentations d’Apollon, de Bacchantes ou encore de Pénélope dont un bronze est visible au Palais des Beaux-Arts de Lille.

Pour représenter ce héros grec, il demanda à un ami militaire à la forte musculature, le commandant Doyen-Parigot de poser pour lui. Après plusieurs versions, l’œuvre fut fondue en bronze une première fois en 1909 pour le financier Gabriel Thomas, puis sa version monumentale eut un grand succès en 1910 au Salon de la Société nationale des beaux-arts, ce qui lui valut d’obtenir d’importantes commandes en France et à l’étranger. Depuis, de nombreuses fontes que ce soit de la figure dans son entier ou bien, comme ici, du buste ou de la tête, ont été réalisées.

Le sujet représenté est donc un Héraklès en pleine tension et action. Après avoir nettoyé les écuries du roi Augias, son cousin Eurysthée lui confia une nouvelle tâche : tuer tous les oiseaux du lac de Stymphale, en Arcadie. À partir de là, les sources divergent quant à la nature de ces animaux et la façon dont Héraklès les vainquit. Ces oiseaux, carnivores, tuaient leurs victimes avec leur bec et griffes en airain. La déesse Athéna, protectrice du héros, lui donna alors des crotales, instruments de percussion en métal. En les frappant l’un contre l’autre, Héraklès vit s’envoler tous les oiseaux du lac. Il put alors saisir son arc pour les transpercer un par un avec ses flèches. La sculpture montre Heraklès bander son arc. Sur la figure complète, dont un exemple est visible notamment au Musée d’Orsay, ses mains tiennent l’arc tendu.

Si vous désirez voir les autres travaux de ce héros, vous pouvez vous rendre au Château-Musée de Boulogne-sur-Mer qui possède de nombreux vases grecs sur le sujet.